Le rideau, motif clé de la peinture
métaphysique, a beau être ce qui sépare un espace ou une image d’une
autre ; il est aussi cet élément de décor qui révèle la doublure du monde,
en tout cas la promet. Il est paupière, ouverture sur l’invisible : c’est
le rideau qui cache aux profanes les images des dieux, le rideau circulaire qui
s’agite au souffle des prophéties, le rideau encore employé dans les églises
orthodoxes pour dissimuler le hiéron, le lieu sacré. Il symbolise un
mystère qu’il est interdit de violer, mais qui est peut-être un mystère
inexistant. Le moment clé de l’enquête menée par Jessica Harper dans Suspiria
se résume d’ailleurs à un seul geste sur lequel Argento insiste beaucoup :
au terme de son parcours, la jeune femme après avoir découvert une tenture
dissimulant un couloir courbe, pénètre dans le repaire d’Héléna Markos et tire
enfin le bon rideau derrière lequel apparaît la silhouette de la sorcière. Dans
les films d’Argento, tirer le rideau, c’est faire subir au plan une opération
de cataracte, autrement dit mettre un terme, au moins provisoirement, à
l’indécidabilité de l’image, fondement optique de l’énigme.
Jean-Baptiste Thoret : Dario Argento, magicien de la peur

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