Ill. : Oskar Rabin. Texte : Sur la balance de Job, pérégrinations à travers les âmes par Léon Chestov, éditions le Bruit du temps, relecture 2014-2046-février 2026
Avec les méthodes de recherche de la vérité élaborées
par la science, nous sommes fatalement condamnés à ce que le plus important
pour nous, le plus significatif, nous apparaisse comme l’inexistant par
excellence. Lorsqu’il se dresse devant nous, une terreur folle nous saisit,
l’âme épouvantée s’imagine que le Néant l’engloutit et elle se précipite là où
triomphent les Traces joyeuses et insouciantes.
Où donc est l’issue ? Comment surmonter
l’enchantement surnaturel ? Et comment l’homme peut-il se disputer avec
Dieu ? L’enchantement surnaturel ne peut être dissipé que par une force
surnaturelle elle aussi. Le juge de Spinoza qui ne s’est pas contenté de régner
sur des triangles et les perpendiculaires, et qui a soumis également les êtres
vivants à sa volonté, ne consentira jamais, bien entendu, à bénir l’arbitraire
que recèle le surnaturel, et il brandira toujours les foudres de sa nécessités.
Mais ses bénédictions et menaces n’ont plus la même
action maintenant que l’enchantement se dissipe. Tous les pudendum, ineptum,
impossibile cueillis par Adam sur l’arbre du Paradis sont oubliés. Les
jugements nécessaires sont oubliés également, ainsi que la pitié qui se suffit
à elle-même et qui nous séduisait tant. C’est maintenant, maintenant seulement
que commence le libre examen.
Le lecteur que ne fatigueront pas les longues pérégrinations à travers les âmes qui ont fourni les matériaux de cet ouvrage, se convaincra peut-être que l’Écriture contient la Vérité et que par la volonté de celui qui l’avait envoyé, Spinoza était condamné à nous frustrer de cette vérité.

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