Au crépuscule, je sens certains
chemins se resserrer autour de moi, je sens s’allonger vers moi certains
tentacules. Ce qui me menace surtout, c’est ce qualificatif d’aristocrate
polonais, qui plus est, émigré ; à partir de là, il n’est pas difficile de
faire de moi un « antisémite » et même un « fasciste », et
du fasciste à l’hitlérien, il n’y a qu’un pas. Ainsi, le critique juif
allemand, Hans Meyer, qui m’a consacré un chapitre dans son livre Ansichten,
a déclaré de but en blanc au cours d’une réunion du jury de Formentor que
j’étais antisémite. Cela ne lui pour lui l’ombre d’un doute et d’ailleurs, le
livre que j’écris actuellement regorge selon lui d’attaques contre les juifs.
Qui lui a fourni cette information bienveillante ? Cette déclaration est
d’autant plus étrange qu’il commente mon Journal dans son livre et que
le long passage consacré aux Juifs et qui précise ma position, des plus
bienveillantes à leur égard (dans les cafés varsoviens, on me surnommait le roi
des Juifs n’a tout de même pas pu échapper à son attention. Me défendre ?
Protester ? Oh, laissons-le faire : accoupler mon nom avec une
terminologie passablement usée engendrera des monstruosités qui se dévoreront
entre elles.
Witold Gombrowicz : Journal II

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