« Ne suis-je pas un faux accord dans la divine symphonie ? »

 

Aveuglés par Dieu, ou plus exactement, par les « vérités » que notre aïeul cueillit sur l’arbre défendu, nous estimons que les efforts que nous faisons pour nous maintenir dans notre engourdissement sont l’activité naturelle de notre âme. Nous considérons comme nos amis et bienfaiteurs ceux qui nous aident à dormir, qui nous bercent, qui glorifient notre sommeil, tandis que ceux qui essaient de nous réveiller nous paraissent être nos pires ennemis, des malfaiteurs. Nous ne voulons pas penser, nous ne voulons pas regarder en nous-mêmes, afin de ne pas apercevoir la vraie réalité. C’est pourquoi l’homme préfère tout à la solitude et hait la révélation, car la révélation est le « réveil », la libération des chaînes imposées par les vérités « immatérielles » auxquelles les descendants d’Adam déchu se sont tellement habitués qu’en dehors d’elles la vie leur paraît inconcevable.

Léon Chestov : Sur la balance de Job

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