Au début d’Inferno, Mark Elliot
aperçoit dans un amphithéâtre une jeune femme mystérieuse, tenant un chat dans
ses bras. Au moment de la sortie du film, Argento avouera qu’il s’agissait de
Mater Lacrymarum, la troisième des funestes sorcières. Celle-ci surgit comme
une apparition fantomatique, précisément au moment où l’on entend le chœur des
hébreux du Va pensiero de Verdi, puis se volatilise sous l’effet d’une
bourrasque qui s’engouffre dans la salle. Plus tard, Sara écoute, dans son
appartement, un enregistrement de l’opéra de Verdi avant d’être assassinée sur
le Chœur des Hébreux. Ce qui relie ces deux séquences, c’est bien sûr la
musique de Verdi et la manifestation de phénomènes inexplicables. Mais la
première fois, Argento établit une équivalence très nette entre la sorcière et
elle. Autrement dit, l’une vaut pour l’autre, comme le souffle glacial vaut pour
le fantôme de l’opéra. Leur rapport est métonymique. Dès lors, la sorcière n’a
plus besoin d’apparaître pour exercer son pouvoir. Elle est devenue une pure
identité musicale. Lorsque Sara met le disque du Va pensiero, elle
scelle, sans le savoir, son destin puisque le Chœur des Hébreux est son
bourreau.
Jean-Baptiste Thoret : Dario Argento, magicien de la peur

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