Lumière noire

 

La pierre des volcans, mouchetée, foncée et rude, ne nous conduit pas, comme on aurait pu le croire et le craindre, à la désespérance ou à la noirceur. Elle n’évoque même plus les ravages ou les incendies qui ont accompagné son effusion : tout au contraire, le moindre fragment de ces blocs sculpturaux, dans lequel on distingue les bâtons orientés, les microlites, au lieu de nous assombrir, métamorphose les rayons qui tombent sur lui. N’ouvre-t-il pas le chemin, après l’ancienne dévastation et le refroidissement à un renversement, la fête de la lumière ?

Nous croyons que Soulages, l’artiste résurrectionniste, a tenté de reprendre et d’exalter cette mystérieuse alchimie : puisque le ténébreux, lorsqu’il est soigneusement et intimement rayé ou strié, nous renvoie un bleu sombre, entouré de violet ou de jaune (soufre), projetons sur un écran un fond épais, si possible bitumeux ; nous vivrons l’émerveillement : du plus profond, du plus démuni naîtra le plus pur, le plus léger, le plus fragile, puisque nous le regardons sous un autre angle ; il suffit que nous nous déplacions : pour un rien, la féerie ignée se renouvelle.

François Dagonet : Des détritus, des déchets, de l’abject

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