La nature s’est-elle jamais souciée de
quelque chose, à commencer par aider
l’organisme dans sa lutte pour la vie ? Et d’ailleurs, pourquoi la nature
se préoccuperait-elle de la survie de l’organisme ? En général, la nature
se soucie-t-elle d’une quelconque valeur ? Évaluer, aimer, haïr, se
réjouir, désespérer, c’est le fait de l’homme, pas de la nature. Et puis, s’il
s’agit de protection, il semble bien que la nature se soucie davantage des
objets inanimés. Une masse de granit, qu’y a-t-il de plus mort ? Une masse
de granit est toujours mieux protégée que n’importe quel organisme. Elle ne
craint rien, elle durera pendant des siècles. Si la nature se préoccupait de la
conservation des espèces, il eût été plus simple pour elle de ne pas dépasser
les limites du monde inorganique.
Léon Chestov : Sur la balance de Job

Commentaires
Enregistrer un commentaire