Je n’ai connu l’œuvre de Genet qu’à
Paris. En Argentine, je le souligne, je n’avais jamais entendu parler de
lui ; il est pour moi important qu’on sache que ma Pornographie, quelle
qu’en soit la valeur, est autogène et n’est en aucune façon issue d’un flirt
avec Genet. Environ huit jours après mon arrivée sur le pavé parisien,
quelqu’un me prêta ses Pompes funèbres. J’ouvre le volume. Ma première
impression ? Cela vient de la guerre, ce sont les années 1939-1945, on y a
le plus parfait concentré du goût atroce de ces temps-là. Jamais je n’ai lu de
livre qui fût davantage « de guerre » que celui-ci. Ma deuxième
impression ? Mais, bonnes gens, il a réussi à fondre le beau et le laid en
un seul ange, chez lui, beauté et laideur ont toutes deux le même regard,
quelle audace il a, quel héroïsme. Troisième impression ? France géniale,
tu as su une fois de plus susciter un voleur qui, avec son passe-partout, vient
d’ouvrir une porte fermée à double tour. Tu m’étonnes, France et tu m’effraies.
Quatrième impression ? La poésie. La cinquième ? Il a bien du flair,
notre escroc, il est allé droit au coffre-fort qui recèle des trésors aussi
fabuleux qu’interdits ! La sixième ? Ah, que c’est compliqué et
inévitable… cela rappelle un songe, ou un Golgotha, quelque chose de fatal à la
destinée.
Witold Gombrowicz II : Journal

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