Par-delà les limites de l’existence
terrestre, c’est à l’homme qu’il appartient de créer des causes et des buts. Et
pour apprendre à le faire, l’homme doit éprouver cet atroce sentiment d’abandon
qu’exprime le début de ce même Psaume 22 : « Mon Dieu, pourquoi
m’as-tu abandonné ? » Dieu n’est pas, l’homme est livré à lui-même.
Et l’espoir dont se consolait parfois Socrate, l’espoir que la mort est un
sommeil sans rêves, lui aussi, n’existe pas. Bien au contraire, des visions
visiteront notre sommeil ; et la principale de ces visions, c’est que Dieu
n’existe pas ; l’homme lui-même doit devenir Dieu, autrement dit, tout
créer, tout créer de rien, tout : la matière, les formes et même les
lois éternelles. Telle était l’expérience des « anciens et bienheureux sages » :
fuir la connaissance, la stabilité, l’assurance, tout ce qui vient aux hommes
de la vie « commune. » C’est en cela que consistait leur grand
espoir.
Léon Chestov : Sur la balance de Job

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