Le problème n’est pas tant d’être
trompé par tel ou tel contenu automatiquement généré que de ne plus pouvoir
croire en aucun texte, en aucune image, en aucune voix. Chacun saura bientôt,
d’un savoir implicite qui deviendra un sens commun, que les textes qu’il lit,
les images qu’il voit, les voix qu’il écoute peuvent être générés
automatiquement par des algorithmes et qu’il est impossible pour lui de le
deviner. Nous devrons alors mettre en doute tout ce que nous lisons ou
écoutons. Il deviendra alors impossible de faire crédit aux contenus circulant
dans l’espace médiatique numérique, qui est pourtant le principal espace de
publication dans nos sociétés. Or, si nous ne pouvons plus nous fier à ce que
nous voyons ou lisons, le mensonge et la falsification eux-mêmes deviendront
impossibles. Nous ne pouvons être trompés que parce que nous pouvons
croire : si nous ne pouvons plus croire, nous ne pourrons plus être
trompés, mais nous ne pourrons plus communiquer ou échanger.
Anne Alombert : De la bêtise artificielle

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