Ecce homo

 

Pris sur Academia.edu. Deus est Homo : le concept de Dieu dans les écrits magick de la Grande Bête 666 par Henrik Bogdan, Université de Göteborg (Suède), in. Aries, Journal for the Study of Western Esoterism, 21 (2021), 13-42, traduction de l’anglais par Neûre aguèce, no copyright infringement intended, AI buy yourself a brain.

« Vous n’êtes pas un adepte de Crowley tant que vous ne vous êtes pas exclamé : Dieu merci, je suis athée. La vision de Dieu est pure, ce sont les voiles qui la souillent. »

Aleister Crowley : La Tragédie du monde (1910)

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« Je crois qu’il existe des êtres d’une intelligence et d’une puissance incommensurablement supérieure à tout ce que nous pouvons concevoir et c’est là la seule et unique chance pour l’humanité de progresser, à la fois en tant que tout et en tant qu’individus : prendre contact avec de tels êtres. »

Aleister Crowley : Magick sans larmes

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Que pouvons-nous connaître de la nature de Dieu ? La question, pour directe qu’elle soit, est au cœur de la théologie chrétienne occidentale depuis deux millénaires. Le théisme jusqu’ici dominant sur Dieu nous décrit Dieu comme le grand Autre, dont les attributs sont l’omniprésence, l’omnipotence, l’omniscience, l’incorporalité, l’unité, l’éternité, l’atemporalité, l’immutabilité, l’impassibilité et la bonté. Il est pour le moins étrange que ce Dieu soit absent de la plupart des définitions les plus récentes de l’ésotérisme occidental ; ni Antoine Faivre ni Wouter Hanegraaff ne le mentionnent parmi les courants occultistes qu’ils étudient.

Et pourtant, le théisme ou l’idée de Dieu est centrale chez Paracelse, Jacob Boehme ou Emmanuel Swedenborg. Pourquoi les historiens récents de l’ésotérisme regimbent-ils ? Peut-être parce que la pratique et les moyens individuels d’atteindre le divin l’emportent sur ce dernier, au contraire des religions établies où un clergé et son exégèse s’avèrent nécessaires pour encadrer les règles de communication avec le divin. Les historiens de l’ésotérisme se réfèrent le plus souvent à une gnose qu’à la nature de Dieu lui-même.

Aleister Crowley (1875-1947) nous présente une illustration de l’occultisme du début du vingtième siècle, à l’aube du « désenchantement du monde » où il fait quelque peu figure du dernier grand mage. De nombreux concepts développés par Crowley se sont retrouvés dans d’autres mouvances ésotériques comme la Wicca ou le satanisme, mais aussi, sous une forme plus discrète, dans la Scientologie. Quelle fut au juste la place de Dieu ou de la divinité dans ses écrits ? 

Enfance infernale.

Né en 1875, Crowley décrira sa prime enfance comme « une jeunesse infernale », cloîtrée dans un milieu sectaire, la fraternité de Plymouth, un mouvement chrétien évangélique non confessionnel, caractérisé par l’absence de clergé hiérarchique, né vers 1820, à Dublin. En 1848, le mouvement se sépare en « Frères larges » ou indépendants et en Frères exclusifs (darbystes), ces derniers étant réputés pour leur stricte séparation d’avec le monde profane. Cette bigoterie et cet isolement social devaient marquer Crowley dans son rejet ultérieur du christianisme.

John Nelson Darby (1800-1882), le fondateur du mouvement, un prêtre de l’Église irlandaise, préconisait une lecture littérale de la Bible, « la Bible est la parole de Dieu », ainsi qu’une théologie conservatrice et « dispensionaliste. » D’après Darby, l’histoire du monde se répartit en sept époques ou dispensations au cours desquelles Dieu traite avec l’humanité et lui prodigue une révélation : révélation de l’innocence, jusqu’à la Chute ; de la conscience, d’Adam à Noé ; de gouvernement, de Noé à Abraham ; de patriarcat, d’Abraham à Moïse ; de loi mosaïque, de Moïse au Christ ; de la grâce, du Christ à aujourd’hui, jusqu’au millenium qui nous mènera à la fin des temps.

Crowley décrivait cyniquement la Fraternité : « Ils avaient produit un système intellectuel à multiples compartiments étanches où les contradictions de l’Ancien et du Nouveau Testament se résolvaient par une doctrine d’onction mais où la révélation n’était pas la sauce chrétienne. Plus roublards que Luther, ils accommodaient les Épîtres de Jean au moyen de sophismes que l’on peut considérer comme des chefs-d’œuvre de la capacité humaine à se tromper et à tromper les autres. »

Dans son autobiographie, Les Confessions, Crowley décrit comment, dans son enfance, il partageait les croyances de ses pères : « J’étais tout à fait sincère dans ma volonté de mener une vie de sainteté : j’avais constamment à l’esprit le besoin de communier avec Jésus, mais ceci changea peu à peu lorsque vint la question de l’inerrance biblique. Je demandai à un nos maîtres comment Jésus avait pu rester trois jours et trois nuits dans la tombe, alors qu’il avait été crucifié un vendredi et qu’il avait ressuscité le dimanche matin. On me répondit qu’il s’agissait d’un mystère qui n’avait jamais été dévoilé… Ces incohérences évangéliques ne suffirent pas à éveiller le doute sur la littéralité du texte ; au contraire, ma perte de foi ne s’explique pas par de telles impossibilités intellectuelles. Je croyais vraiment à la théologie de la Fraternité de Plymouth parce que je ne pouvais tout simplement pas imaginer qu’il existe des gens qui en doutaient. En fait, un beau jour, je suis passé du côté de Satan et aujourd’hui encore, j’ignore pourquoi. »

Crowley n’allait pas en rester là. Des années plus tard, il adopterait le surnom de To Mega Therion, la Grande Bête 666, et s’autoproclamerait Mage. Néanmoins, comme l’ont démontré Marco Pasi ou Asbjorn Dryendal, il ne s’agit pas de satanisme à proprement parler, mais plutôt de prophétisme : Crowley se voulait le héraut d’une dispensation qui succéderait au christianisme. Percy Bysshe Shelley (1792-1822) et Nietzsche (1844-1900) furent ses deux modèles : à leur suite, il abandonna le christianisme comme une religion d’esclave et une morale dépravée. Crowley s’attaquait moins aux évangiles qu’à leur organisation institutionnelle comme le prouve sa pièce de théâtre La Tragédie du monde, dans laquelle il déclare :

« Dès lors, je ne tiens pas Jésus, ce personnage de légende, pour responsable du mal. Le mal commença avec Luther, sans doute et il se poursuivit avec Wesley, mais peu importe… Ce que je veux dire, c’est que cette religion qu’ils appellent christianisme a fait de l’Angleterre un enfer pour tout homme digne de ce nom, pour tout homme amoureux de la liberté. Telle est ma profession de foi en tant qu’écrivain et poète : je hais leur Dieu et leur religion et j’aspire à leur disparition. »

Jusqu’à la fin de sa vie, Crowley demeura fasciné par la Bible, y compris dans certaines tournures thélémites de la Vision et de la Voix, mais aussi sous forme d’un dialogue critique constant avec les fondements du christianisme ; notamment dans un essai critique qui figure en préface de la pièce de George Bernard Shaw Androclès et le lion (1912) Cet essai, publié à titre posthume sous le titre L’Évangile selon Saint Bernard Shaw, se veut une réplique à la tentative de faire du Christ un socialiste. Crowley reproche à Shaw de réduire la Bible et les Évangiles à sa propre doctrine politique ; chapitre après chapitre, Crowley démontre les erreurs d’interprétation de Shaw.

« Ma seule excuse est ma connaissance profonde de la Bible, une connaissance tellement intime qu’il serait totalement injuste de la renier pour tout ce qui est de la construction de ma pensée. Mon père était le pasteur de la Fraternité de Plymouth et dès l’âge de quatre ans, quand j’ai appris à lire, jusqu’à mes études à Cambridge, au Trinity College, je n’ai pratiquement rien lu d’autre que la Bible. Il faut également savoir que la vertu cardinale de la Fraternité de Plymouth tient dans une acceptation littérale de la version autorisée de la Bible. »

On retrouve dans les écrits de Crowley la notion de dispensation ; en particulier dans le Livre de la Loi, le Liber AL vel Legis, où il annonce l’imminence d’un changement de cycle, l’Æon d’Horus, l’enfant couronné et conquérant, censé débuter à l’équinoxe vernale de 1904… Le Dieu de la Fraternité de Plymouth que Crowley finit par rejeter n’était pas seulement le Dieu du monothéisme, mais aussi Celui qui intervient dans l’Histoire de l’humanité. Simplement, il confiait ce rôle à des Supérieurs Inconnus et à leur prophète, c’est-à-dire lui-même.

Scepticisme empirique, psychologie et théologie comparée.

C’est seulement en 1894, lorsque Crowley s’inscrit à l’Eastbourne College, dans l’East Sussex, qu’il rassemble les matériaux intellectuels de sa réfutation du fondamentalisme chrétien de sa jeunesse. Durant son séjour, il sert de laborantin au Professeur R.E. Hugues, un Jésuite d’Oxford qui avait également formé Frederick Soddy (1877-1956) futur Prix Nobel de Chimie (1922)

Plus tard, lorsqu’il se souviendrait de Hugues, il écrirait : « Un incident s’est gravé dans ma mémoire : un soir que nous discutions, je m’exclamai : c’est écrit dans la Bible. Ces mots jaillirent de moi avec la plus grande ironie. Je voulais signifier par là mon mépris le plus amer. Il ne me comprit pas. Au contraire, il crut que je disais vrai et entreprit une démolition en règle de la Bible. Il y mettait une telle ardeur que j’en fus ébahi ; en fait, j’avais toujours éprouvé une telle peur d’être qualifié d’incroyant qu’entendre quelqu’un s’exprimer aussi franchement me coupa le souffle. »

Un an plus tard, immatriculé à Trinity College, à Cambridge, où il se voue à une carrière de diplomate, Crowley poursuit son étude de la chimie et se rapproche de la philosophie empirique. En 1907, dans L’Étoile d’Occident, son premier critique, J.F.C. Fuller (1876-1966) le décrit comme un mélange de « pyrrhonisme, de zoroastrisme, de mystique, de scepticisme transcendantal, de théurgie-sceptique, de vitalisme sceptique, d’illuminisme scientifique ou tout ce que vous voudrez ; en résumé, une communion consciente avec Dieu mais d’un point de vue athée, un scepticisme qui transcende la raison par elle-même avant de se restreindre lui-même devant la conscience de l’Absolu. »

Effectivement Crowley a lu Kant, Hume, Spencer, Huxley, Tyndall, Maudsley, Mansel, Fichte, Schelling, Hegel, Nietzsche avant de suivre la « méthode scientifique. » Rien de surnaturel dans la magie, mais une simple investigation des forces que la physique avait jusque-là négligées. « La méthode scientifique, la visée religieuse. » Telle est la devise de son périodique L’Équinoxe fondé en 1909.

Après son séjour à Cambridge, Crowley intègre en 1898 l’Ordre Hermétique de l’Aube dorée où il s’adonne un temps à l’orientalisme et à l’étude des textes sacrés de l’hindouisme et du bouddhisme, mais aussi à la pratique du yoga et à la voie méditative qu’il apprend sur place, en Inde, à Ceylan et à Burma. Son intérêt pour la mystique orientale le mène à entreprendre une étude intégrale et comparative des pionniers de la psychologie de la religion, en particulier William James (1842-1910) Les fondateurs de religions sont des « génies », terme qu’il emprunte à ce dernier : Siddharata Gautama, Mohammed et Jésus nous apprennent comment atteindre des états de conscience supérieurs.

Dans un opuscule consacré au mysticisme, Book 4, publié en 1911, il écrit : « Comme nous le verrons plus tard, la vision de Dieu ou l’union avec Dieu Samadhi, quel que soit son nom, comporte de nombreux degrés, bien qu’il existe un abîme infranchissable entre le dernier et le plus haut. En résumé, nous affirmons l’existence d’une source du génie mais nous ne croyons à aucun surnaturalisme ; au contraire, cette source doit être découverte par l’exercice de règles précises, le degré de succès dépend de la capacité du mystique et non d’aucun être divin. Nous affirmons que le critère décisif qui assure le succès est un état cérébral caractérisé par l’unité du sujet et de l’objet. »

La « communion consciente avec Dieu mais d’un point de vue athée » dont parlait Fuller est ici drastiquement réduite à une source purement physique, présente en chacun d’entre nous, mais dénuée de tout mystère métaphysique. D’ailleurs, la communion avec le divin ne dépend pas de Dieu lui-même, mais résulte seulement d’un ensemble de pratiques. Pour Crowley, il est clair que les religions ne sont que des méthodes, des techniques de méditation, pour entrer en contact avec la source sacrée et ces méthodes varient selon les fondateurs ou génies. Néanmoins, les religions organisées ont perdu de vue cette vérité première avant de dégénérer en systèmes coercitifs, incompatibles avec la modernité. « La vision de Dieu est pure ; ce sont les voiles qui la souillent. »

Cet « illuminisme scientifique » allait trouver un canal de propagation dans l’A***A*** sous forme d’un discours réductionniste, naturaliste, voire neurologique. Peu avant la Première Guerre mondiale, le Dieu qui émerge des écrits de Crowley est un Dieu paradoxal :

« Dans ce livre, il est question des Sephiroth et des Voies ; des Esprits et des Conjurations ; des Dieux et des Sphères ; des plans d’existence et de bien d’autres choses qui peuvent exister ou pas et qu’elles existent ou non relève de l’immatériel. Si l’on suit certaines règles, certains résultats suivront et les disciples les plus éveillés se garderont d’attribuer un degré de réalité objective ou de validité philosophique à aucun d’entre eux. »

Néanmoins, ce refus de tout dogme ou de religion instituée s’accompagne du principe de tolérance : « La religion authentique ne connaît pas de secte. Prends garde à ne jamais blasphémer le nom que prend le Dieu des autres, car si tu blasphèmes en Jupiter, tu blasphèmeras Osiris et si tu blasphèmes en יהוה (YHWH), tu blasphèmes en יהשוה (Yeshoua) »

Aube dorée et émanationnisme.

Crowley abandonne ses études universitaires après sa troisième année à Cambridge ; il n’obtiendra jamais son diplôme et se consacre à l’étude de l’occultisme et à la pratique de la magie. En 1898, il est initié à l’Aube dorée où il ne restera que deux ans, mais assez pour se forger un système de référence épistémologique. Jusqu’à sa mort en 1947, il célébrera l’anniversaire de sa réception en tant que Néophyte.

Outre le système initiatique des dix degrés qui sont les dix Sephiroth, c’est l’Aube dorée qui lui fournit la théorie des correspondances et la théorie émanationniste de l’Arbre de Vie. Point important : les dieux des différentes traditions sont répartis sur l’Arbre de Vie de la kabbale et chaque chemin est interprété comme une voie d’accès. Cette double théorie de correspondances et d’émanations exercera une forte influence sur Crowley, comme le prouve son livre 777 (1909) lequel contient une table par laquelle les dieux égyptiens, grecs, scandinaves, hindou se traduisent les uns dans les autres.

Cette notion de correspondance n’était pas limitée à l’Aube dorée, mais s’inscrivait dans le cadre des pionniers de l’histoire des religions, en particulier Max Müller (1823-1900) qui affirmait que la « vérité » était présente dans tous les cultes, une fois que l’on dépassait les dogmes qui résultaient des circonstances historiques. Ivan Strenski fixe le début de cette quête d’une religion originelle ou des « lumières naturelles » au seizième siècle.

D’après lui, la crise de la Réforme, les guerres de religions qui s’ensuivirent, la découverte du Nouveau monde et d’autres civilisations, menèrent les intellectuels à envisager une révélation multiple. Des penseurs comme Jean Bodin (1530-1596) ou Lord Edward Herbert (1583-1648) croyaient en une religion innée chez l’homme qui se manifestait par la raison ainsi que par les lois de la nature et cette idée se retrouve chez les déistes du dix-huitième siècle.

Pour Max Müller, tout comme pour William Robertson Smith (1846-1894),  « la mythologie était une maladie du langage qui prenait la métaphore pour ce qui était à l’origine. Chaque fois qu’un terme est employé métaphoriquement, hors de son sens précis, la mythologie guette ; chaque fois que nous oublions ces écarts, une langue artificielle s’installe et apparaît une langue morte, qu’elle soit au service d’intérêts religieux ou privés. » (Müller : Leçons sur la science du langage.)

Dans 777, Crowley le formulait à sa manière :

« La bigoterie ne s’explique pas par un manque de réflexion mais de langage et notre dessein ne manque pas d’ambition. Toute nouvelle hérésie aggrave la situation, en particulier en Amérique, ce continent de l’ignorance crapuleuse, dépourvu de la connaissance du langage humain, d’où nous parviennent les échos d’un verbiage métissé apparu sur les restes putrides des singes jacasseurs et que ces gens-là rongent et agitent avec des grognements féroces et des hurlements inarticulés. La prostitution mentale de la Science Chrétienne [fondée par Mary Baker Eddy, 1821-1910] rebaptise Dieu Esprit et formule un ensemble de propositions déistes, typique de l’hystérie dyspeptique amerloque. Pour ma part, je n’ai rien contre ceux qui glosent sur les propriétés des triangles à quatre côtés, mais je m’écarte d’eux dès qu’ils recourent à un terme comme cochon ou guérisseur, ou tas de fumier, pour orner l’objet de leurs spéculations fétichistes et paranoïaques. Même parmi de grands philosophes, la confusion existe : des termes comme Dieu, l’Absolu, ou l’Esprit, comportent des centaines de significations ou de synonymes selon le temps, l’espace et la controverse des puristes. »

La multitude des divinités intégrées au système de l’Aube dorée donne l’impression d’un polythéisme mais il s’agit plutôt d’un déisme où le principe se décline en différents visages ou émanations. Les dix degrés initiatiques de l’Aube dorée correspondaient aux dix Sephiroth de l’Arbre de Vie et aux chemins qui les relient depuis Malkhout, la Sephira inférieure, à Kéther, la couronne. Les dix degrés se répartissaient en trois ordres ou niveaux et les membres de l’Aube dorée ne pouvaient parvenir aux trois degrés supérieurs qui étaient réservés aux Maîtres secrets, semblables aux Mahatmas de la Société théosophique.

Bien sûr, les maîtres de l’Aube dorée prétendaient être en contact avec les Maîtres secrets. Samuel Liddle MacGregor Mathers (1854-1918), qui serait le seul dirigeant de l’Ordre à la fin des années 1890, et qui prit la relève après la mort de William Robert Woodman (1828-1891) et la mise à l’écart de William Wynn Westcott (1848-1925), affirmait avoir rencontré certains de ces Maîtres secrets… à Paris, au Bois de Boulogne ! D’après ses propres dires, il en aurait eu des saignements de nez et ressenti un profond vertige. En dépit de ce qui précède, Crowley et George Cecil Jones (1873-1960) considéraient l’A***A*** comme la continuation de l’Aube dorée qu’ils avaient réformée tout en conservant un lien avec les Maîtres secrets.

D’après Crowley, ces derniers n’étaient accessibles qu’intérieurement, par un processus spirituel et non pas en leur adressant des lettres en Allemagne ou en visitant le bois de Boulogne. En 1908, Crowley s’en explique dans une lettre à Fuller : « Je suis très loin d’être clair. Quand je deviendrai 8=3 [Magister Templi], mes propos paraîtront plus clairs, mais souvenez-vous de ceci : pour l’heure, je ne crois pas à cette histoire des trois inconnus du Bois de Boulogne et des saignements de nez. Je n’ai pas l’espoir de serrer la main avec un 8=3 mais bien de communiquer avec H.G.A. [Holy Guardian Angel] »

Durant son bref séjour à l’Aube dorée, Crowley passa de Malkhout à Tiferet, c’est-à-dire de Néophyte à Adepte mineur. Ce dernier grade était un des plus importants : l’initié était alors censé entrer en contact avec son génie intérieur ou moi supérieur, Augoeides. Dans le rituel d’initiation, le candidat était censé prononcer ce serment :

« Je jure et promets désormais, sous la Divine Permission, de me consacrer au Grand Œuvre qui est la purification et le développement de ma Nature spirituelle afin d’atteindre l’Aide de Dieu, pour m’élever au-dessus de la condition humaine, de degré en degré et m’unir au Génie divin, et à cette fin, de ne pas abuser des pouvoirs qui me sont conférés. »

Le Génie divin, commun aux membres de l’Aube dorée, était aussi le Moi supérieur, le Daemon, mais aussi le Saint Ange Gardien, expression rencontrée dans le Livre d’Abra-Melin le mage, traduit en anglais et publié en 1898, par les soins de MacGregor Mahters, maître de l’Aube dorée. Pour Crowley, le dialogue avec le Saint Ange Gardien était un autre nom pour la Vision de Dieu ou Unio Mystica ou Samadhi, la source de l’énergie vitale que William James considérait comme l’origine des religions, commune à leurs fondateurs.

Le recours à la théorie des correspondances et l’adoption par Crowley du schéma de l’Arbre de Vie comme modèle initiatique n’était pas seulement un modèle mnémotechnique, mais une véritable carte du voyage intérieur. L’Arbre était « l’anatomie du corps de Dieu », selon l’expression de Charles Stansfeld Jones (1886-1950) mais aussi la structure de notre esprit. D’un point de vue éthique, l’Arbre de Vie représente le pèlerinage ascensionnel que doit entreprendre tout initié. Dieu se manifeste vers le bas et le néophyte doit répondre à cet appel. L’Arbre de Vie implique donc un double mouvement dont la rencontre correspond à l’éveil intérieur de l’initié et la manifestation de sa part divine ou, pour employer la terminologie de Wouter J. Hanegraaf à propos de Cornelius Agrippa :

« L’idée n’est pas une absorption ou une annihilation de l’intellect humain dans la lumière de la face de Dieu mais un état de déification par lequel l’être humain retrouve le pouvoir théurgique qui était celui d’Adam avant la Chute. Le cadre de références est donc résolument chrétien et il sera ensuite reformulé, popularisé et psychologisé par le New Age, en tout cas comme un idéal d’auto-formation, de maîtrise de soi et de déploiement de son propre potentiel. »

Crowley persistera à employer ce modèle après son départ de l’Aube dorée, en 1900. En janvier 1906, il se proclame Adeptus Exemptus (Chessed) et en décembre de la même année, il affirme avoir « franchi l’Abyme » et atteint le grade de Magister Templi (Binah) Le franchissement de l’Abyme désigne la seconde grande transformation par laquelle l’ego est dépassé. Huit ans plus tard, alors qu’il se trouve aux États-Unis, il atteint le grade de Mage (Chokmah) après deux ans et demi de travail, entre le 3 novembre 1914 et le 9 juin 1917.

Finalement, le 23 mai 1921, il prononce les vœux d’Ipsissimus 10°=1 et atteint la plus haute Sephira, Kether, ce qu’il commente dans son journal : « Je suis devenu Ipsissimus par illumination et par initiation ; j’ai vu le fantôme de moi-même et lui ai parlé face à face. Je plaiderai la folie, mais comme j’ai contemplé la Vérité, je n’hésiterai pas à la pratiquer et à la verbaliser, quoi qu’il en coûte. »

Crowley parle de folie plus que de Dieu. En 1920, l’initiation était encore un processus psychologique et / ou psychanalytique, plus proche de Jung que de Freud. Crowley identifie le Saint Ange Gardien à la Volonté authentique ou à l’essence de tout être humain, ce qu’il codifie dans son système thélémite, tout en conservant une certaine ambiguïté sur la nature de cette entité, censée lui avoir communiqué le Livre de la Loi.

Thélème et les Dieux du Nouvel Æon

Le climax biographique de Crowley fut sans doute la « réception » du Livre de la Loi, entre le 8 et le 10 avril 1904. Ce texte lui aurait été « dicté par un être désincarné » du nom d’Aïwass, le pasteur d’Hoor-paar-Kraat. [Au cours de l’hiver 1907, Crowley rédigea une série de textes brefs qui constituent les Saints Livres de Thélème ; au contraire des précédents, ils ne lui furent pas dictés, mais il les écrivit en écriture automatique.]

Le Livre de la Loi attestait que Crowley était la Bête, le prophète d’un nouvel éon. Crowley allait prendre quelques années avant de comprendre l’importance de ce texte et à en accepter le titre de prophète du nouvel æon, ou dispensation à l’humanité. Une fois le message décrypté, Crowley propagerait la foi thélémite jusqu’à sa mort en 1947. Le cœur de cette religion est que chaque individu obéit à une mission inconnue de la plupart, et qui est cachée ou refoulée [apparemment chez l’individu aussi] et la révélation de cette mission s’opère par la rencontre avec le Saint Ange Gardien.

La découverte du soi profond implique une méthode et une pratique. Le Livre de la Loi identifie cette pratique à la Volonté, ou Vérité véritable : « Fay ce que vouldras sera le tout de la Loi. » ; « Tu n’as d’autre droit que d’accomplir ta volonté. » ; « Fais ce que tu as à faire et que personne n’y puisse rien. » La Loi de Thélème est une forme d’amour : « L’amour est la Loi, la Loi sous la volonté. »

La Loi de Thélème était censée représenter la réponse à toutes les questions sociales, éthiques, psychologiques, politiques, théologiques de l’humanité. Tout homme et toute femme est une étoile, tout être est unique, il ne peut exister de volontés différentes, nous ne pouvons tous vouloir la même chose et dès lors tout conflit provient de l’ignorance d’au moins d’une des parties, qui n’est pas consciente de sa volonté véritable.

Le Livre de la Loi se compose de trois chapitres, divisés en 220 versets ; chaque chapitre est attribué à un dieu égyptien, Nuit, Hadit, Ra-Hoor-Khuit. Nuit est la déesse du ciel et représente dans le culte thélémite l’infini de l’espace et le principe féminin ; Hadit ou Heru-Behdeti ou Horus ou Behdet / Hadith en grec, est le principe masculin, l’infiniment petit, le point au centre du cercle (Nuit) ; Ra-Hoor-Khuit ou Ra-Hoor-Khu-It, ou Ra-Har-Khuti ou encore Ra-Har-Akht, translittéré en grec Ra-Herakhty, veut dire Ra, Horus ou l’horizon et désigne dans la foi thélémite un Dieu de guerre et de vengeance, le dieu du nouvel æon qui résulte de l’union symbolique de Nuit et de Hadit. Cette trinité sera complétée par un panthéon de divinités parmi lesquelles la Grande Bête et Babalon, les deux plus importantes.

La Grande Bête 666, inspirée de l’Apocalypse de Jean, représente le principe solaire et phallique, Crowley lui-même. Babalon, qui n’apparaît pas dans le Livre de la Loi est une allusion à la Putain de Babylone, c’est-à-dire la maîtresse du moment de Crowley. Crowley allait produire quatre commentaires du Livre de la Loi lesquels illustrent ses différentes interprétations de son propre mythe : Aïwass y est décrit comme le Fou du Tarot ; une divinité sumérienne ou Satan ; l’ange gardien de Crowley puis, enfin, comme une entité distincte, en dehors de l’esprit de Crowley.

Ces approches ne s’excluent pas l’une l’autre et peuvent se superposer ; dans L’Équinoxe des Dieux (1936), il écrit : « J’incline à penser qu’Aïwass n’est pas seulement le Dieu de Sumer, mais aussi mon propre Ange Gardien, mais aussi un homme tout comme moi et qui emploie un corps humain pour accomplir Son lien magique à l’Humanité qu’Il aime parce qu’il est Ipsissimus, le Maître de l’A*** A*** »

Plus tard, Crowley en vient à affirmer catégoriquement qu’Aïwass est un Dieu : « Dans tous les cas, quel que soit Aïwass, il est une Intelligence dotée de puissance et de connaissance, au-delà de toute expérience humaine ; Aïwass est un Être digne d’être révéré et considéré comme Dieu, ainsi soit-il, amen, un Dieu. » Le concept de Dieu selon Crowley avait donc évolué d’une forme de vitalisme impersonnel à des êtres individuels dotés de qualités surhumaines.

Dans son dernier livre, Aleister vous explique tout, composé au début des années 1940 et publié à titre posthume sous le titre Magick sans larmes (1954), Crowley revient sur la nature de Dieu. L’ouvrage se compose de lettres écrites à une étudiantes ; le chapitre XXX s’intitule « Croyez-vous en Dieu ? » à quoi Crowley répond par l’impossibilité qu’il y a d’établir un consensus sur ce terme. Puis, comme à l’impromptu, il ajoute un post-scriptum :

« Il me paraît nécessaire de préciser ma position. Mon observation de l’univers m’a convaincu qu’il existe des intelligences et des puissances très au-delà de tout ce que nous pouvons envisager humainement parlant ; il ne s’agit pas nécessairement de configurations cérébrales ou de structures nerveuses telles que nous les connaissons ; mais la seule et unique chance pour l’humanité de progresser collectivement est d’entrer en contact, individuellement, avec de tels êtres. »

D’après les écrits intimes de Crowley, la méthode privilégiée pour établir le contact avec des êtres tels qu’Aïwass était d’atteindre l’extase par les techniques développées au sein de l’O.T.O.

Phallus solaire et Ordo Templi Orientis.

L’approche de Crowley vis-à-vis de la magie changea drastiquement après son admission au sein de l’Ordo Templi Orientis en 1912. Fondée par un ancien de la Société Théosophique, Theodor Reuss (1855-1923) sans doute entre 1910 et 1912, sur la base d’une charte maçonnique rédigée par John Yarker (1833-1913) et unifiée en 1902 sous un seul système maçonnique.

L’O.T.O. fut rapidement déclarée irrégulière par les plupart des autres maçonneries européennes et l’obédience allait susciter méfiance et controverse : non seulement, elle admettait les femmes, mais elle encourageait la magie sexuelle. D’après Reuss, c’était là le secret le plus important, commun à toutes les maçonneries, mais il avait été perdu, oublié, pour l’une ou l’autre raison. Seul l’O.T.O. le détenait et pouvait le rétablir. En 1912, dans « l’édition du jubilé » de l’Oriflamme, on peut lire : « Notre Ordre détient la CLEF qui ouvre à tous les secrets maçonniques *** et hermétiques, c’est-à-dire l’enseignement de la magie sexuelle ; cet enseignement explique tous les secrets de la Nature sans exception, ainsi que le symbolisme de la maçonnerie et tous les cultes religieux. »

Bien que Crowley persistait à définir la magie au sein d’un cadre « scientifique » et à souligner l’importance de la Volonté véritable pour entrer en contact avec l’Ange gardien ou génie, il n’y a aucun doute qu’il ait pratiqué la magie sexuelle telle que définie par l’O.T.O. Ses écrits privés attestent d’une synthèse entre les enseignements de l’O.T.O. et la philosophie thélémite ; l’O.T.O. allait devenir le principal médium de diffusion du thélémisme lorsque Crowley en prit le commandement, après la mort de Reuss en 1923. On ignore toujours d’où ce dernier reçut sa connaissance de la magie sexuelle, mais la source était fort probablement Paschal Beverly Randolph (1825-1875) ainsi que la Fraternité Hermétique de la Lumière et l’occultiste autrichien Carl Kellner (1851-1905)

Plus fondamentalement, la théorie sous-jacente à toutes ces doctrines était le culte du phallus et le vitalisme que l’on rencontre chez des auteurs comme Richard Payne Knight (1751-1824), sir William Jones (1746-1794) ou Hargrave Jennings (1817-1890) ; le phallus désignait chez eux à la fois les organes féminins et masculins et c’était lui qui était à l’origine de toutes les religions, le plus souvent symbolisé par le soleil ou par le feu. Theodor Reuss recommandait la lecture de Jennings à tous les membres de l’O.T.O. et il plagia même cet auteur dans son traité Lingam-Yoni, publié en 1906. En fait, Reuss espérait recréer le culte du Phallus et cette tentative devait marquer durablement Crowley qui en vint à s’identifier au « vice-régent du Soleil et de la Terre » puis à adopter un phallus comme sceau personnel.

Pour Crowley, l’énergie vitale, la force productrice sexuelle, était le divin de la vie elle-même et on peut y voir une forme de panthéisme, de célébration de la fertilité et de la nature, identifiée à Dieu. Dans la messe gnostique que Crowley composa en 1913, le principe masculin et féminin est célébré comme la force constitutive de la nature ; la sexualité représente leur synthèse. L’aspect le plus intéressant est le catéchisme que le doyen et l’assemblée se doivent de réciter au commencement du rite :

« Je crois en un seul secret, en l’ineffable Seigneur ; en une seule Étoile parmi la compagnie des étoiles, qui sont le feu dont nous sommes constitués et auquel nous reviendrons ; je crois en un seul Père de la Vie, Mystère du Mystère, et Son nom est Chaos ; il est le vice-régent du Soleil sur la Terre ; il est l’Air que respire tout ce qui vit. Je crois en une seule Terre, Mère de nous tous, ventre d’où proviennent tous les hommes et les élus, et où nous reposerons tous, Mystère du Mystère et son nom est BABALON. Je crois au Serpent et au Lion, Mystère du Mystère, et Son nom est BAPHOMET. Je crois en une seule Église Catholique et Gnostique, Église de Lumière, Vie, Amour et Liberté, et dont la parole et la loi est THELEMA. Je crois à la communion des Saints. Je crois au miracle de la Messe : ce que nous buvons et mangeons quotidiennement sont transmutés en nous en substance spirituelle. Je confesse un seul baptême de Sagesse par lequel nous accomplissons le mystère de l’Incarnation. Je crois en une vie unique, individuelle, éternelle qui était, qui est et qui vient. »

Formellement, Crowley introduisit le thélémisme à l’O.T.O. en octobre 1915. « Telle est la Parole de Baphomet à tous les membres, Thelema. Dans la première loge, de n’importe quel degré, le Maître qui ouvre le livre doit prononcer : Fay ce que vouldras sera toute la Loi » (Aleister Crowley à Charles Stansfeld Jones, 29 octobre 1915) Ce catéchisme sacralise non seulement le principe masculin et féminin en tant que principes générateurs, Chaos et Babalon, mais ils expriment aussi la foi de Crowley en un nouvel Æon. Le culte solaire du phallus culmine ici dans une célébration et une affirmation de Soi. Deus est Homo, tel devait être la devise de l’O.T.O., imprimée sur la page de couverture de l’Équinoxe, dans le fascicule de 1919 où est publiée la messe gnostique.

Reuss, quant à lui, proposait : « Le Commencement de la Sagesse est l’Amour de Dieu. » Initium Sapientiae Amor Domini. Le slogan « Dieu est (un) homme » provient sans doute de la Somme théologique de Thomas d’Aquin, où le Docteur angélique s’interroge sur la nature de Dieu « Dieu est-il homme ? Un homme est-il Dieu ? » Bien sûr, chez Crowley, la question devient une affirmation, une proclamation : « il n’y a d’autre Dieu que l’Homme » répètera-t-il dans le Liber Oz, publié en 1941.

Conclusion.

Malgré son aversion proclamée pour le christianisme et l’Église, Crowley s’affirmait prophète en des termes qui évoquaient fortement des notions essentielles de la Fraternité de Plymouth. L’insistance sur l’Écriture sainte et sur l’inerrance de la parole de Dieu… c’est-à-dire Le Livre de la Loi et les Saints Livres de Thélème. Crowley passera le reste de sa vie à commenter ces textes, à être son propre exégète, à tenter de dévoiler les mystères, tout comme son père le faisait en lui lisant la Bible. D’autre part, la théologie de John Nelson Darby, avec son cycle de dispensation, présente un curieux parallèle avec la doctrine des Æons de Crowley. Simplement, Crowley prend la place du Christ : il est le prophète de l’Æon de l’Enfant couronné et conquérant.

Les Maîtres secrets, en particulier Aïwass, remplissent un rôle similaire : ils font de Crowley un prophète. Néanmoins, la formation scientifique et philosophique de Crowley ajoute un net scepticisme : Dieu n’est plus que le Soi, l’affirmation d’une spiritualité autonome, qui annonce le New Age. Ce rejet des institutions traditionnelles s’exprime aussi par l’interprétation psychologique de l’Arbre de Vie : la doctrine des émanations divines devient une simple exploration des strates du psychisme. Les deux expériences essentielles, le dialogue avec le Saint Ange Gardien et le franchissement de l’Abyme, sont avant tout psychologiques et la découverte de la Volonté véritable culmine dans l’annihilation de l’ego.

Malgré ce réductionnisme, Crowley n’abandonna jamais l’intuition de sa prime jeunesse d’une communion avec « Jésus » : quelle était exactement la nature des entités qu’il rencontrait lors de ses séances magiques : « il y a des êtres d’une intelligence et d’une puissance incommensurablement supérieure à tout ce que nous pouvons concevoir et c’est là la seule et unique chance pour l’humanité de progresser, à la fois en tant que tout et en tant qu’individus : prendre contact avec de tels êtres. »

À défaut d’une définition cohérente de Dieu, les écrits de Crowley indiquent des modes d’approche contradictoires de la divinité mais ils montrent surtout que la communion avec le divin importe plus que la nature même de Dieu. Deus est Homo n’est pas seulement une discrète allusion à la magick au sein de l’O.T.O. mais aussi l’expression d’une volonté d’affranchissement des contraintes des religions révélées et des limites de la science contemporaine.

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