Tout disparaîtra

 

Eschyle aurait écrit 90 pièces de théâtre : nous en connaissons 7 ; des 92 œuvres signées par Euripide, il nous en reste 18. En dépit des pertes considérables au sein de la production de ces dramaturges, ces derniers ont eu beaucoup plus de chance que la majorité des écrivains de la période antique. Greenblatt donne l’exemple de Didyme d’Alexandrie, contemporain d’Auguste, dont l’effarante capacité de travail lui valut le surnom « d’entrailles de fer » : des quelque 3500 livres qu’il aurait écrits, à l’exception de quelques fragments, rien ne nous est parvenu. Cependant, il est tout à fait envisageable qu’au sein de cette affolante production intellectuelle, de manière allusive, ou peut-être avec une assurance comparable à celle d’Horace dans la conclusion des Odes, Didyme ait exprimé le souhait que ses immenses travaux lui valent la reconnaissance des générations future. Cette tendance à l’évanouissement caractérise la production intellectuelle et artistique de la période : des 1430 citations compilées par Jean Stobée, doxographe de l’Antiquité tardive, 1515 d’entre elles sont empruntées à des œuvres désormais disparues.

Benjamin Hoffmann : Les Paradoxes de la postérité

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