L’homme infâme ne se définit pas par un excès dans le
mal, mais étymologiquement comme l’homme ordinaire, l’homme quelconque,
brusquement tiré à la lumière par un fait divers, plainte de ses voisins,
convocation de police, procès… C’est l’homme confronté au Pouvoir, sommé de
parler et de se faire voir. Il est encore plus proche de Tchékhov que de Kafka.
Dans Tchékhov, il y a le récit de la petite bonne qui étrangle le bébé parce
qu’elle n’a pu dormir depuis des nuits et des nuits, ou du paysan qui passe en
procès parce qu’il a déboulonné des rails pour lester sa canne à pêche. L’homme
infâme, c’est une particule prise dans un faisceau de lumière et une onde
acoustique. Il se peut que la « gloire » ne procède pas autrement :
être saisi par un pouvoir, par une instance de pouvoir qui nous fait voir et
parler. Être un homme infâme, c’était comme un rêve de Foucault, son rêve
comique à lui, son rire à lui : suis-je un homme infâme ?
Gilles Deleuze : Pourparlers

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