L’échec personnel ne porte pas toujours un homme à
s’acharner contre ceux qui ont réussi, il sen faut. Plus intelligent, plus
profond sera un homme, plus vraisemblablement son acharnement, sa cruauté prendront
une autre direction. Tel un animal blessé à mort, il quittera tout et se
réfugiera dans sa tanière pour y vivre dans la solitude des jours qui lui
restent. Il se vengera, il luttera non avec les hommes, mais avec le destin,
avec les dieux. Peut-être qu’accidentellement, sur son chemin, ses proches
deviendront ses victimes, non parce qu’ils éveillent en lui de l’envie, mais
plutôt parce qu’il ne les voit pas, ne les remarque pas. Et il ne peut en être
autrement : quand on lutte contre les dieux, on ne pense pas aux hommes.
Léon Chestov : Les Grandes veilles

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