Source : Des détritus, des déchets, de l’abject, une philosophie écologique par François Dagonet, éditions José Corti, collection Rien de commun, penser-situer
La pierre d’aimant ou « fer oxydulé »
communique rapidement sa vertu attractive au fer et à l’acier, une sorte de
transfert rapide et même immédiat. Plus étonnant, d’une part, avec la même
pierre, on peut aimanter autant de lames qu’on le souhaite : la force du
« donneur » n’est pas diminuée. L’Abbé Nollet, dans ses Leçons de
physique expérimentale, y insiste : « L’aimant, soit naturel, soit
artificiel, en communiquant ses propriétés au fer, ne perd rien de sa
vertu ; on a beau aimanter un grand nombre de lames à la même pierre, et
de suite, on n’aperçoit pas qu’elle soit épuisée. » D’autre part, cette
transmission, si elle s’opère par contact, on frotte, peut aussi réussir à une
faible distance ; l’Abbe Nollet distingue les deux, l’attouchement et la
seule « approche. »
Celui qui résiste à notre quasi célébration de l’oxyde
de fer nous objectera, afin d’en diminuer l’importance, que si celui-ci
communique le magnétisme à un barreau d’acier ou même à sa limaille, lui-même
l’a reçu de notre univers ; nous ne sortons pas du cercle des circulations
et des transferts. Ce que l’un a capté, il le reverse sur celui qui peut
l’accueillir, l’aimant artificiel se borne à prolonger le naturel et à lui
soutirer le flux qui l’habitait ou qu’il avait lui-même retenu.
Le philosophe Gassendi, le premier, observa toutefois que des barres de fer, à la condition qu’elles restent dans une position fixe et verticale, acquièrent directement, donc sans intermédiaire, la vertu attractive ; il nota encore que les croix, placées au sommet des clochers, devaient à la longue s’aimanter ; la partie supérieure de ces tiges donnerait le pôle austral et celle du bas le pôle boréal. Une autre cause allait encore rendre compte d’un tel surgissement de la capacité « aimantaire » : une forte percussion sur la barre de fer, maintenue dans une direction parallèle au champ terrestre, développe en elle, de manière permanente, le magnétisme ; celui-ci n’est donc pas venu d’un corps qui en serait doté, à un autre qui en était dépourvu ; l’artificiel ne dérive pas toujours d’un naturel antérieur.

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