Source : Des détritus, des déchets, de l’abject, une philosophie écologique par François Dagonet, éditions José Corti, collection Rien de commun, penser-situer.
La philosophie devrait travailler à inscrire le
« déchet » dans son ontologie sans participer à la fureur
éliminatrice qui le frappe. De son côté, la science moderne devait donner des
ailes à cette métaphysique : elle nous rappelle d’abord que les mixages,
—l’hétérologie qui associe le pour et le contre, qui couple des substances
étrangères — loin d’appauvrir le récepteur, l’enrichissent : et le dopage
par lequel on introduit dans un pur cristal des impuretés, ouvre la voie aux
semi-conducteurs et par là même aux transistors qui ont bouleversé autant la
physique électronique que nos machines. Ce n’est pas ici un « entassement » ;
c’est cependant le commencement d’un désordre recherché.
Autre champ suggestif : nous sommes toutefois
frappé du silence relatif qui entoure les découvertes de Bethe (son cycle, qui
lui valut le Prix Nobel, en 1967) : il rend compte de l’énergie solaire.
Il semble, en effet, qu’une immense centrale nucléaire brûle, au-dessus de nos
têtes, depuis des siècles. Et elle fonctionne si bien (non par la fission mais
par la fusion nucléaire) qu’elle réintroduit justement ses opérateurs, voire
ses déchets dans ses réactions d’auto-fabrication (lumière et chaleur) L’hélium
a d’abord été identifié à partir du soleil ; de là son nom, puisqu’il fut
repéré dans l’analyse du spectre. Il entrera dans le cycle…
Avec ces deux cas seulement rappelés, le semi-conducteur et les réactions de Bethe, nous évoquons deux notions à forte connotation philosophique, qui toutes deux nous poussent à concevoir autrement la nature du « rebut » ; nous comprenons d’une part, les avantages d’une dose d’impureté et d’autre part, les bénéfices considérables d’un réemploi nucléaire, à la limite, ceux d’un incendie perpétuel.

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