Je n’avais pas relu Ferdydurke depuis sept ans
et je l’avais rayé de ma vie. Voilà que je le relisais à nouveau, phrase après
phrase et ses paroles ne m’étaient rien. Néant des paroles. Néant des idées,
problèmes, style, attitudes. Néant de l’art. Des mots, des mots, des mots, rien
de plus puisque tous ces mots ne m’avaient absolument pas « guéri »
et n’avaient rien arrangé du tout. Cet effort n’avait fait somme toute que
m’enfoncer davantage dans ma verte immaturité. En fait, deux amours se
combattaient en Ferdydurke et deux tendances, l’une vers la maturité,
l’autre vers l’immaturité qui, elle, précisément nous rajeunit. Cet ouvrage est
l’image même du combat qu’un homme amoureux de son immaturité livre en faveur
de sa propre maturité. Pourtant, je n’avais pas su maîtriser cet amour ni même
le civiliser, et c’est lui, sauvage, illégitime, secret, véritablement
démentiel, qui continuait à me ronger comme un mystère défendu.
Witold Gombrowicz : Journal I

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