La postérité consiste pour un auteur à transmettre le
souvenir de son existence au moyen du langage mais il finit par y être réduit,
au langage. Par y être réduit, de sorte que sa vie n’est plus que le support
d’une invention collective : ce qu’on appelle légende. C’est en cela que
tout, absolument tout, est littérature : il n’y a que du récit produit sur
le récit, l’humanité se raconte à elle-même des histoires au sujet de ceux qui
l’ont composée et celui qui prétend aux éloges des générations futures offre
son existence comme le canevas d’une réécriture collective. À vivre parmi les
livres et à se préoccuper d’eux en permanence, l’auteur est victime d’une
métamorphose : il devient livre à son tour.
Benjamin Hoffmann : Les Paradoxes de la postérité

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