Il y a bien une destruction, mais silencieuse et
insensible ; c’est celle dont témoigne l’événement qui fait se
demander : que s’est-il passé ?, puisqu’on ne s’est aperçu de rien,
que tout s’est fait imperceptiblement, dans notre dos. Un goût, une passion,
une aptitude sont définitivement morts en nous et nous n’avons rien vu venir.
L’instinct de mort ne témoigne pas ici d’une pensée mortuaire, d’un être pour
la mort, il est affirmation des puissances de vie, sans égards pour celui qui
en est le sujet, au sens où il défait tout ce qui empêche la distribution,
toujours renouvelée, de ces puissances. C’est la cruauté de la vie d’être
indifférente à ceux qui s’attachent à ses objets ou à ses sujets, fussent-ils
en apparence les plus « vitaux » pour les vivants eux-mêmes. Le « négatif »
de la souffrance, du deuil, de l’arrachement n’est ni nié, ni dénié mais perçu
depuis la positivité de ce qu’il rend possible et même nécessaire. Perte,
deuil, souffrance sont des autodestructions par lesquelles la vie en passe pour
libérer de nouvelles puissances.
David Lapoujade : Deleuze et les mouvements aberrants

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