C’est un monde sans dehors. Peut-être est-ce le sens de
ce défilé d’images qui glissent les unes sur les autres, sans plus rien au-dehors…
L’extérieur se retrouve à l’intérieur parce qu’il y était déjà présent. On n’a
plus affaire qu’à des images flottantes, des clichés anonymes qui circulent
dans le monde extérieur, mais aussi qui pénètrent chacun et constituent son
monde intérieur, si bien que chacun ne possède en soi que des clichés
psychiques par lesquels il pense et il sent, se pense et se sent, étant
lui-même un cliché parmi les autres, dans le monde qui l’entoure. La
distinction intérieur / extérieur n’a plus de sens puisque tout passe dans un
« espace d’information » intermédiaire plein de clichés. Il est
difficile d’aller plus loin dans l’enfermement et la dépossession :
partout à l’intérieur comme à l’extérieur, des clichés qui précèdent nos
perceptions, nos actions, nos pensées, nos énoncés, comme si l’avenir contenait
à l’avance tous les possibles. Nous sommes bien entrés dans l’âge des sociétés
de contrôle. Il ne s’agit plus de discipliner les âmes et les corps, mais de
contrôler les flux dans un espace d’information selon une politique sécuritaire
généralisée.
David Lapoujade : Deleuze et les mouvements aberrants

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