Pourquoi cette tâche ? Pourquoi,
dans le calme de la nuit, finit-elle par m’apparaître prodigieusement
difficile, mais aussi prodigieuse, au point de me rendre, au moment où j’allais
m’effondrer, une surabondance de forces, une impétuosité de mouvement qui ne se
souciait de rien. Je le compris, quand je me fus rendu compte qu’elle m’avait
ramené, à mon insu, et par une voie insoupçonnée, au mot écrire. Dans le cercle
de la nuit, ce mot se leva soudain comme une intuition rayonnante, comme s’il
se présentait, pour la première fois, avec toute la jeunesse d’un rêve
indestructible, tout le sérieux d’une tâche que je n’aurais peut-être pas la
force de porter, mais qui me porterait, à condition qu’un instant, je lui
fournisse un point d’appui.
Maurice Blanchot : Celui qui ne m’accompagnait pas

Commentaires
Enregistrer un commentaire