« Ne crois pas au bonheur, ne crains pas le malheur »

Source : Savonarole, le prophète désarmé par Pierre Antonetti, éditions Perrin

La nuit du 5 avril 1492, la foudre frappa la lanterne de la coupole de Sainte-Marie-des-Fleurs, y faisant une crevasse et provoquant la chute des marbres et de morceaux de la voûte. En ville, la terreur fut générale. Dans l’atmosphère de tension où Savonarole avait plongé les esprits, on y vit aussitôt un signe de colère divine, l’annonce de « la fin du monde », comme dit un contemporain. Il n’en fallait pas plus en ce temps-là pour susciter des mouvements de foule.

Ph. Monnier en rappelle deux exemples : « En 1457, Bologne, sous le coup de tremblements de terre, se donne la discipline et crie miséricorde… Pendant huit jours, presque tous s’abstiennent de viande… Les jeûnes étaient continus, les courtisanes n’admettaient personne dans leur lit. » A Sienne, en 1496, une soi-disant pluie de sang s’étant abattue sur la ville, « tous allaient à l’autel de Notre-Dame-du-Dôme et ils y offraient un cierge, et qui rachetait un prisonnier, et qui mariait une fille pauvre et ils faisaient chanter une messe solennelle et tous faisaient de même. »

Savonarole pouvait d’autant moins échapper à cette atmosphère de terreur qu’il avait contribué à la répandre. La nuit même de l’incident, il préparait son sermon du lendemain, qu’il voulait consacrer à la résurrection de Lazare. L’inspiration ne venait pas. Il s’était finalement résigné à se coucher mais il ne fermait pas l’œil. Tout à coup, dans son insomnie, une voix lui souffla ces mots : Ecce gladius Domini super terram, cito et velociter qui sont, comme le rappelle Schnitzer, une contamination entre une expression, « gladius Domini » courante dans Isaïe et Jérémie et une autre, « cito et velociter » qui remonte à Josué et à Joël.

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