La question se pose alors : comment le temps
peut-il s’ouvrir à nouveau, se charger de nouvelles possibilités ? Quel
est le point de transmutation qui nous libère du nihilisme passif ? C’est
quand l’impossible devient l’intolérable. Si l’impossible peut être pensé comme
un concept privatif qui désigne l’absence de possible, l’intolérable est
éprouvé comme une réalité qui offense les puissances de vie, et les soulève.
« Du possible, sinon j’étouffe » On n’agit pas par volonté politique,
mais d’abord parce qu’on ne peut pas faire autrement. La volonté politique est
toujours seconde, toujours précédée d’une profonde expérience de l’intolérable.
Alors, il n’est plus question d’avenir. L’idée même d’avenir est balayée :
on entre, ne serait-ce qu’un instant dans un Tout ouvert, mais dans les
interstices qui en constituent le dehors. Le tout passe dans les interstices
qui en constituent le dehors. Le tout passe dans les interstices : il
devient un absolu local, inséparable d’une lutte intempestive, ici et
maintenant, « en faveur (je l’espère) d’un temps à venir. » On
accède au temps non-chronologique d’une machine de guerre nomade. Alors, sans
doute, de nouveaux mondes se forment. Si le temps s’ouvre à nouveau, s’il se
confond à nouveau avec l’Ouvert, c’est parce qu’il s’alimente à ce Dehors, plus
lointain que tout monde extérieur.
David Lapoujade : Deleuze ou les mouvements aberrants

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