« Je hais la Belgique parce que je hais la Belgique »

 

La question se pose alors : comment le temps peut-il s’ouvrir à nouveau, se charger de nouvelles possibilités ? Quel est le point de transmutation qui nous libère du nihilisme passif ? C’est quand l’impossible devient l’intolérable. Si l’impossible peut être pensé comme un concept privatif qui désigne l’absence de possible, l’intolérable est éprouvé comme une réalité qui offense les puissances de vie, et les soulève. « Du possible, sinon j’étouffe » On n’agit pas par volonté politique, mais d’abord parce qu’on ne peut pas faire autrement. La volonté politique est toujours seconde, toujours précédée d’une profonde expérience de l’intolérable. Alors, il n’est plus question d’avenir. L’idée même d’avenir est balayée : on entre, ne serait-ce qu’un instant dans un Tout ouvert, mais dans les interstices qui en constituent le dehors. Le tout passe dans les interstices qui en constituent le dehors. Le tout passe dans les interstices : il devient un absolu local, inséparable d’une lutte intempestive, ici et maintenant, « en faveur (je l’espère) d’un temps à venir. » On accède au temps non-chronologique d’une machine de guerre nomade. Alors, sans doute, de nouveaux mondes se forment. Si le temps s’ouvre à nouveau, s’il se confond à nouveau avec l’Ouvert, c’est parce qu’il s’alimente à ce Dehors, plus lointain que tout monde extérieur.

David Lapoujade : Deleuze ou les mouvements aberrants

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