« Fuite sur place, en intensité »

 

Il y a une lutte entre profondeur et surface, la profondeur menaçant sans cesse de lézarder les surfaces, d’engloutir tout ce qu’elles produisent, tout ce qui se produit sur elles, et de tout replonger dans un abîme indifférencié. Si Deleuze finit par abandonner la notion de profondeur, c’est sans doute parce qu’elle est encore trop solidaire de celle de fondation, de l’activité même de fonder. C’est en partie ce qui le distingue de Bergson ou de Heidegger. Deleuze n’éprouve aucun goût, aucune attirance pour la notion de profondeur. Remonter au-delà du principe de fondation ne veut pas dire explorer les profondeurs de l’Être mais en arpenter les surfaces, tracer un plan. On ne comprend pas en effet sinon la nécessité dans laquelle se trouve Deleuze d’instaurer chaque fois un plan d’où tout procède et émerge. On invoque les notions de « plan d’immanence », de « plan de consistance » ou de « champ transcendantal », on les décrit de façon toute deleuzienne, mais on n’en explique que peu de chose si l’on ne voit pas qu’elles sont, chacune à leur manière, inséparables de la question de la fondation, c’est-à-dire, quid juris, de quel droit ?

David Lapoujade : Deleuze, les mouvements aberrants

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