« Each man kills the thing he loves »

 

Quand, dans l’immense vide toujours plus vide, le désert s’accroît, nous rencontrons le compagnon équivoque qui tout à coup surgit à nos côtés, tout nous conseille, si nous ne voulons pas périr dans l’illusion fascinante de l’absence, si nous voulons nous dérober au mirage qui nous fait soudain rencontrer le désert sous la figure d’un compagnon, de lui faire subir l’interrogation extrême qui a la mort pour horizon. C’est l’épreuve décisive. Qui a atteint le désert où règne l’absence de rapport, s’expose à cette épreuve et y expose celui qu’il rencontre : il faut, là, tuer le compagnon, ou se laisser tuer par lui — le choix subsiste, heureusement —, pour saisir en lui le moment où l’absence de rapport devient le pur rapport de ce qui n’est cependant pas l’immédiat. Ne nous laissons pas impressionner par la simplicité de ce dénouement : là où tranche l’épée, l’essence du nœud reste toujours nouée.

Maurice Blanchot : L’Entretien infini

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