Un jour, il a eu l’idée de reproduire sur des disques
souples des tracés d’électroencéphalogrammes enregistrés sur des déments. C’était
une trouvaille, non ? Il avait acheté un petit médecin marron qui
travaillait dans un service psychiatrique réservé aux fous homicides. Les
zigzags dessinés par les pointes d’encrage étaient mémorisés dans un
synthétiseur qui modulait ensuite la musique selon le tracé de l’EGG. Le flot
musical y gagnait un je ne sais quoi d’agressif, d’insidieux. Une sorte de
palpitation qui vous montait au cerveau. Les ondes cérébrales de ces pauvres
cinglés devenaient le métronome, le chef d’orchestre de ces musiciens sous
contrat. Un rythme nouveau était né. Enterrés le funk, le rock, le hard… L’EGG
régnait en maître. Egg, l’œuf… Amusant, non ? Ça s’est vendu comme des
petits pains à la confiture de cocaïne.
Serge Brussolo : Ira Melanox, la colère des ténèbres

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