En logicien impitoyable, Deleuze est indifférent à la
description des vécus (des plus originaires aux plus ordinaires) C’est pourquoi
on ne trouve aucun exemple tiré de la vie courante. Il n’y a chez Deleuze ni
garçon de café, ni sucre qui fond, ni table sur laquelle j’écris, aucun appel à
l’expérience vécue. À ses yeux, les philosophies de l’originaire et de
l’ordinaire sont trop tendres, trop sentimentales. Seule compte la logique mais
parce que nous verrons qu’elle a une curieuse manière de se confondre au-delà
des vécus, avec les puissances mêmes de la vie. D’où, autre trait distinctif,
un vitalisme rigoureux. Ce n’est pas que la vie insuffle à la logique un vent
d’irrationalité qui, sinon, lui fait défaut ; c’est plutôt que les
puissances de la vie produisent sans cesse de nouvelles logiques qui nous
soumettent à leur irrationalité.
David Lapoujade : Deleuze et les mouvements aberrants

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