Niemandsrose

 

Source : Dix propositions anhistoriques sur la kabbale, par Gershom Scholem, introduction et commentaires par David Biale, éditions de l’éclat, collection éclats, relecture 2018-2025

Scholem écrivait à Benjamin : « Le monde de Kafka est le monde de la révélation, mais dans une perspective où la révélation se réduit à son néant, « Nichts. » « L’allusion kabbalistique contenue dans cette remarque est évidente, le mot « Néant » se référant à l’abyme divin qui s’interpose entre le mystique et la compréhension du dieu caché.

À la différence du kabbaliste se proclamant capable de pénétrer, fût-ce partiellement, le mystère de l’ayin, Kafka reste déconcerté par la nature totalement incompréhensible de la révélation. Ici, le paradoxe de la compréhension de l’incompréhensible, caractéristique de la kabbale historique, comme nous l’avons vu dans ces aphorismes devient pleinement apparent et ne pouvait apparaître qu’en adoptant un point de vue laïque. Il n’est donc pas étonnant que Kafka soit tombé dans un abîme de désespoir et qu’il ait considéré ses écrits comme autant d’échecs méritant seulement d’être réduits en cendres.

Pour comprendre Kafka, il fallait donc comprendre la théologie. Et nous retrouvons ici la polémique de Scholem contre Hans Joachim Schoeps. Dans son essai sur Kafka, Benjamin avait mentionné Schoeps comme l’un de ceux qui ont commis l’erreur de retrouver chez Kafka leurs propres conceptions théologiques. Scholem est d’accord avec Benjamin mais parce que la théologie de Schoeps est à ses yeux erronée. C’est la conception théologique que Scholem a trouvée dans la kabbale et qu’il a lui-même adoptée qui est à l’œuvre chez Kafka :

« L’impossibilité d’accomplir le contenu de la Révélation est le point où coïncident de la manière la plus stricte une théologie correctement comprise (telle que, plongé dans la Kabbale, je la conçois et dont tu peux trouver une expression relativement scrupuleuse dans la lettre ouverte contre Schoeps que tu connais) et ce qui donne la clef du monde de Kafka. Le problème n’est pas, mon cher Walter, son absence dans un monde pré-animiste, mais l’impossibilité de l’accomplir. »

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