Chien noir

 

Source : Maurice Sachs, le désoeuvré par Thomas Clerc, éditions Allia, relecture octobre 2005-août 2025, recommandé par Neûre aguèce.

Sachs a brisé le cycle de ses turpitudes par un coup de dés sinistre, en endossant l’uniforme de la police secrète de la mort : point de non retour, trahison qui le délivre en livrant les autres. À ses maîtres, plus infâmes que lui, il offre la preuve qu’il n’est pas de plus grand tyran que le masochiste : ce que peut lui apporter le sadique est toujours en-deçà de ses espérances. Sachs a voulu épouser la mort, qui ne se donne pas si facilement. Il est donc allé la chercher.

Dans Hambourg à moitié détruite, il échappe aux bombardements par miracle. Chargé de créer un comité culturel dans une cave de la ville en flamme, il ne semble à aucun moment craindre l’instant fatal, et pour cause. Le Reich s’effondre dans une panique générale qui le laisse incroyablement calme. Un orage plein de violence s’apprête à balayer le ciel, il passe léger entre les mitraillettes et les sirènes.

Sanglé dans son costume de prisonnier, crevant de faim et de froid, il a fait chanter son corps jusqu’au bout. Sur la route finale, il est placé devant l’alternative marche ou crève ! Pour une fois, il choisit. Même la légende de la dévoration de son cadavre par les bergers allemands de la prison de Fühlsbüttel a l’air taillée à sa mesure.

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