Acrostiche indolent

 

Parvenu à l’âge d’homme en se dépouillant de ses illusions, aguerri par l’épreuve du feu après être descendu dans l’arène, le « poète aux grands yeux transparents » a cédé le pas au chroniqueur de la plume trempée dans le vitriol, au contempteur des tares et des ridicules de ses contemporains. Résultante de ses amours déçues avec son époque, cet écorché vif va se ruer dans la mêlée de son siècle avec, littéralement, l’énergie du désespoir, tel un barbare galvanisé par les effluves de sang qui flottent sur les ruines d’une ville qu’il met à sac. En ce sens, son éditeur Magnier est son mauvais ange, le Tentateur surgi à un moment crucial de sa carrière littéraire, c’est-à-dire à la croisée de ses chemins et dont il va infléchir la trajectoire dans une direction que Lorrain plus tard n’aura de cesse que de vouloir redresser. En ce sens encore, l’on peut considérer que sa déviance sexuelle trouve son corollaire dans sa déviance intellectuelle ; c’est pourquoi il va se ruer dans l’une et l’autre tel un désespéré, s’y perdre pour s’y oublier, et tenter ainsi de masquer sa lucidité sur lui-même qui le mine.

Thibaut d’Anthonay : Jean Lorrain

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