Source : Le Triomphe de l’artiste, la révolution et les artistes, Russie : 1917-1941, par Tzvetan Todorov, édition Flammarion, collection Versilo, recommandé par Neûre aguèce
Malevitch se pense doté d’une perception
extralucide : les images qu’il produit touchent au sacré. « Il m’est
venu à l’esprit que si l’humanité a dessiné l’image de Dieu à sa ressemblance,
il se peut que le Carré noir soit l’image de Dieu en tant qu’essence de sa
perfection dans la nouvelle voie du début actuel. « L’analogie entre Dieu
créant le monde et le peintre accédant aux formes élémentaires à partir
desquelles il rebâtit l’édifice pictural était présente chez Malevitch depuis
plusieurs années déjà. Une page rédigée en 1913 annonçait : « Je suis
la source de tout ce qui est dans ma conscience. Des mondes se créent. Je
cherche Dieu, je me cherche en moi-même. »
Plus tard, Ounovis est souvent décrit par Malevitch
comme un parti qui participe à la construction de la vie et on pourra
considérer « le carré suprématiste en tant que base du nouveau corps
économique réel. » Dans une lettre datant de la même époque, il présente
son mouvement comme un système qui promeut la création artistique, mais
contribue aussi à la création de la vie. « La période antérieure, au cours
de laquelle l’art suivant docilement la vie pour la représenter, est
terminée ; dorénavant, l’imitation est remplacée par une construction
systématique, planifiée, se développant aussi bien en art que dans le reste de
la vie sociale. »
Ossip Brik, futuriste et bolchevik, et même tchékiste, rapporte une conversation avec Malevitch, au cours de laquelle l’artiste lui annonce : « Je veux couvrir le globe terrestre d’une nature suprématiste, construite sur les lois suprématistes. » Comment feront les gens pour vivre au milieu de cette nature, lui demande Brik. Réponse : « Ils s’y adapteront, comme ils l’ont fait à la nature créée par le Seigneur Dieu. » Brik commente : « Malevitch avait le désir de rivaliser avec Dieu.

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