Œuf cosmique

 

Sanhuniaton, prêtre phénicien (III-IIe siècle) nous a conservé un fragment de la cosmogonie cananéenne et peut-être créto-égéenne. Le Vent Obscur, l’Esprit volait au-dessus de la Boue extérieure, du Chaos, d’éternité en éternité, jusqu’à ce qu’ayant fini par aimer ses commencements et s’étant conjoint à soi-même, il eût engendré le Désir, Chetez. Du Chaos naît l’Œuf, Mot, contenant les Semences, Zofesamin, de toutes les futures créatures, bisexuées, suffisantes, par soi, immobiles, plongées dans le sommeil paradisiaque. Mais, coupées par la foudre en deux moitiés, masculine et féminine, elles se sont réveillées et se mirent à bouger afin de s’unir par amour. Quelle foudre et d’où venait-elle, le mythe ne le dit pas ; mais si, comme il semble, l’Œuf mondial, Mot est la sphère androgynique de Platon, « l’éclair en boule », cette « foudre » pourrait en être tombée. Ce fut l’explosion du Commencement, le « Big Bang » créateur de tout, de même qu’il y aura l’explosion de la Fin, destructrice de tout. Le mythe est confus, mais une chose est claire : l’Œuf du cosmos est né de « l’Abîme des eaux », « Tout vient de l’eau », selon Thalès et Anaximandre, les premiers physiciens ioniens. (Fr. Houssay, Les Théories de la Genèse à Mycènes, Rev. Archéol., 1895, p.16)

Dimitri Merejkowski : Atlantide-Europe

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