Source : Hodgson, qui suis-Je ? par Laurent Quiévy, éditions Pardès, collection Qui suis-je ?
Contrairement à Wells, Hodgson ne nie pas l’existence
de Dieu, mais le conçoit immanent à la nature. C’est du moins ce qui apparaît
dans une des visions cosmiques du narrateur de La Maison au bord du monde,
dans laquelle le centre de la Création est occupé par un immense soleil vert
qui pourrait bien être « le siège de l’Éternel. »
Dans ce même roman, où l’on assiste à une fin du
système solaire conforme à ce que la science de l’époque pouvait prévoir, un
récit se donnant donc une assise scientifique plutôt sérieuse, les anges de la
tradition judéo-chrétienne deviennent de singuliers points lumineux faisant à
une vitesse astronomique des allers retours à l’intérieur des rayons violets
irradiant depuis le Dieu Soleil vert la totalité de l’Univers, et le narrateur
de conjecturer : « Des Messagers ? » Ce même narrateur,
lors de son voyage extraterrestre aux confins de l’univers, voit le paradis et
l’enfer sous la forme matérielle d’une étendue brumeuse où flottent des globes
célestes, pour le premier, et d’une nébuleuse noire, pour le second.
Hodgson parle plus généralement, dans la préface du
roman, de « la réalité de nos pensées et de nos émotions parmi les Choses
tangibles » et de « l’existence de mondes de la pensée et de
l’émotion opérant en liaison avec la création matérielle et qui lui sont
soumis. « Cette idée resugrit, preuve qu’elle n’est pas incidente, dans Eloi
Eloi Sabachtani, publié à titre posthume en 1919. Dans cette même nouvelle,
particulièrement caractéristique de la démarche de Hodgson, un acte de foi est
interprété de manière scientifique, sans impliquer pour autant la
désacralisation du phénomène, mais, au contraire, la confortant.
Un chimiste a inventé une poudre permettant de revivre
l’épisode chrétien de l’agonie du Christ sur la Croix, censée démontrer que
l’assombrissement des cieux lors de la crucifixion est un phénomène explicable
scientifiquement, un effet de la personnalité divine de Jésus sur la matière.
Devant les yeux horrifiés du narrateur, le chimiste avale sa poudre avant de s’infliger
d’atroces blessures, les mêmes que celles subies par Jésus. La souffrance
extrême qu’il endure, alliée à l’effet amplificateur de la poudre, perturbent
l’éther ambiant, médium de la lumière, produisant un complet obscurcissement de
la pièce dans laquelle se trouvent les protagonistes…
Hodgson est tellement en phase avec la démarche réconciliatrice de son savant chrétien, qu’il s’oppose à la fermeture d’esprit du scientifique athée de la nouvelle, qu’il utilise les italiques dans son récit pour le qualifier de chrétien « le plus intelligent que le monde ait engendré. »
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