Source : Le Diable au dix-neuvième siècle, la mystification du Docteur Bataille ou la Mystification transcendante, suivi d’extraits choisis tirés de l’œuvre du Docteur Bataille, par Michel Berchmans, éditions Marabout, collection Univers secrets
À peine converti, Léo Taxil fut envoyé
en retraite chez les jésuites. Là, il fit lanterner son confesseur trois jours,
montrant une manifeste répugnance à confesser ses fautes. Finalement, avec des
soupirs, des larmes, les cris d’un homme qui s’arrache un bras, il avoua son
épouvantable forfait. Il était un assassin ! Et de raconter son crime tout
du long, de n’oublier aucun détail. Les révélations avaient été si bien
amenées, le crime choisi parmi ceux dont l’auteur n’avait jamais été découvert,
et le ton si convaincant que les Jésuites marchèrent. Non seulement, ils
crurent Taxil, mais encore, touchés par le repentir, ils en parlèrent en termes
chaleureux à leurs supérieurs. Ce Leo Taxil était vraiment une âme
exceptionnelle.
Taxil, colonne de l’Église, il y avait
de quoi rire. Surtout lorsqu’on savait que si monsieur éditait des ouvrages
antimaçonniques, madame, qui n’était pas convertie, elle, gérait toujours la
Librairie Anticléricale, et que les innocents des deux bords engraissaient le
budget conjugal. Chose plus belle encore, les frères de Saint-Michel, tant vilipendés
autrefois, au point qu’ils sortaient en rasant les murs par crainte de se faire
traiter de sodomites, ceux-là mêmes jadis traînés dans la boue, étaient à
présent les éditeurs des révélations.
Mais notre homme aspirait à une gloire
plus haute : dindonner un jésuite, c’était bien, mais l’Église entière, du
dernier curé de campagne au plus puissant archevêque, voilà qui avait tout pour
le séduire. Âme candide, notre anticlérical, croyait que le ridicule tue. Il
ridiculisait l’Église, oui, mais elle ne s’en porta pas plus mal.
Le plan de Taxil fut vite établi : il allait convaincre le clergé de la pérennité du Diable, de son ampleur, de ses ramifications innombrables. Ce serait une église nouvelle, avec son clergé, ses temples, ses sacrements, ses dogmes, ses livres saints. Toutefois, y aller de but en blanc serait hasardeux. Il commença donc ses révélations sur la maçonnerie, flirtant benoîtement des points de repère avec tact, graduellement, ménageant avec le plus grand soin l’intérêt dû à la présence cachée de Satan, de manière à atteindre un crescendo réussi, « comme des caresses à une jolie femme que l’on veut mener où vous savez. » Non, la comparaison n’est pas de lui, mais de Jules Verne, qui se montrait parfois un petit coquin.
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