Notre thèse revient à affirmer
qu’historiquement, aux périodes de création artistique où l’usage de la
perspective n’est pas avéré, ce n’est pas tant que les créateurs des arts
figuratifs « ne peuvent pas » mais qu’ils ne veulent pas en user, ou,
pour être plus précis, qu’ils veulent user d’un autre principe de figuration
que la perspective et s’ils le veulent, c’est que le génie du temps comprend et
ressent le monde d’une manière qui contient en elle de façon immanente un tel
procédé de figuration. À d’autres périodes, par contre, on oublie le sens et la
signification de la figuration non perspective, on en perd résolument la
notion, parce que la conception du monde de l’époque, en ayant complètement
changé, conduit à un tableau du monde en perspective. L’une et l’autre ont leur
cohérence interne, leur nécessité logique, ce qui est une chose essentiellement
élémentaire, mais si elles ne surgissent pas immédiatement dans toute leur
force, ce n’est pas en raison de la complexité de leur logique, mais parce que
l’esprit de l’époque est rempli d’incertitude et flotte entre deux définitions
de lui-même s’excluant mutuellement.
Pavel Florenski : La Perspective inversée

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