Slavoj-Louis Bouchež

 

Et c’est ici qu’intervient ce que nous avons appelé la « politique de Bartleby » : plutôt que de résister activement au pouvoir, l’initiative bartlebienne consistant à « préférer ne pas » suspend l’investissement libidinal du sujet dans ce pouvoir ; le sujet cesse de rêver de pouvoir… Pour cerner au mieux le noyau de cette attitude obsessionnelle, il faut passer par la notion de fausse activité : vous vous croyez actif, mais votre véritable position, incarnée dans le fétiche est passive. Ne rencontrons-nous pas quelque chose de cette fausse activité dans la stratégie typique du névrosé obsessionnel qui s’affaire frénétiquement afin d’empêcher la chose réelle de se produire. Dans une situation tendue, l’obsessionnel parle sans arrêt, plaisante, dans le souci de repousser le moment de silence embarrassant où la tension sous-jacente deviendrait insupportable. Si l’acte bartlebien se révèle violent, c’est précisément dans la mesure où il pose le refus de cette activité obsessionnelle ; en lui, non seulement violence et non-violence se chevauchent, (la non-violence apparaissant comme violence suprême), mais aussi acte et inactivité (ici, l’acte le plus radical consiste à ne rien faire.) La dimension « divine » réside dans ce chevauchement même de la violence et de la non-violence.

Slavoj Žižek : Vivre à la fin des temps

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