Et c’est ici
qu’intervient ce que nous avons appelé la « politique de
Bartleby » : plutôt que de résister activement au pouvoir,
l’initiative bartlebienne consistant à « préférer ne pas » suspend
l’investissement libidinal du sujet dans ce pouvoir ; le sujet cesse de
rêver de pouvoir… Pour cerner au mieux le noyau de cette attitude
obsessionnelle, il faut passer par la notion de fausse activité : vous
vous croyez actif, mais votre véritable position, incarnée dans le fétiche est
passive. Ne rencontrons-nous pas quelque chose de cette fausse activité dans la
stratégie typique du névrosé obsessionnel qui s’affaire frénétiquement afin
d’empêcher la chose réelle de se produire. Dans une situation tendue,
l’obsessionnel parle sans arrêt, plaisante, dans le souci de repousser le
moment de silence embarrassant où la tension sous-jacente deviendrait
insupportable. Si l’acte bartlebien se révèle violent, c’est précisément dans
la mesure où il pose le refus de cette activité obsessionnelle ; en lui,
non seulement violence et non-violence se chevauchent, (la non-violence
apparaissant comme violence suprême), mais aussi acte et inactivité (ici,
l’acte le plus radical consiste à ne rien faire.) La dimension
« divine » réside dans ce chevauchement même de la violence et de la
non-violence.
Slavoj Žižek : Vivre à la fin des temps

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