Source : L’Antéchrist à l’âge classique, summulae, exégèse et politique par Jean-Robert Armogathe, éditions Mille et Une Nuits, collection Les Quarante piliers, dirigée par Pierre Legendre, relecture dix ans après.
Un autre signe très développé chez les commentateurs
médiévaux est la libération des géants Gog et Magog. On connaît deux versions
de leur aventure, une lecture spirituelle et une lecture prophético-historique.
Les Pères de l’Église interprètent les deux géants de
manière spirituelle, en suivant l’explication étymologique donnée par Jérôme et
suivie par Augustin : gog (le toit) et magog (de tecto,
depuis le toit), qui désignent respectivement pour Augustin les méchants chez
qui le diable a élu une résidence permanente, et le diable qui, en s’échappant
de cet abri, se répand dans le monde. Il n’y a pas lieu de les identifier avec
un peuple particulier, les deux géants représentent tous les méchants de la
terre, où qu’ils se trouvent, qui se rassemblent pour le dernier combat.
Une autre tradition se veut historique : le
pseudo-Méthode décrit Gog et Magog comme des barbares, une fédération de
peuples, souvent vingt-deux mais leur nombre varie, extrêmement cruels, qui
conquièrent l’Afrique, la Grèce, l’Asie et des portions de l’Europe,
persécutant tous les chrétiens et dévastant leurs terres. Le Dernier Empereur
lève une armée pour les combattre et parvient à les éliminer avant
l’établissement du règne de l’Antéchrist.
Joachim de Flore, au douzième siècle, a une version originale, où la fin du deuxième état, le règne du Fils, est marquée par une première venue de l’Antéchrist, tandis que Gog et Magog apparaissent à la fin du troisième statut, celui de l’Esprit. C’est dans le deuxième état qu’apparaît le Dernier Empereur, le troisième état étant conclu, lui, par le pastor angelicus, « le pasteur angélique », le dernier pontife. Adson, on l’a vu, avait laissé de côté les deux géants (une interprétation les a rajoutés dans une version tardive de son texte) mais il annonce la fin de l’Empire romain.

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