Source : Le Tarot, histoire, iconographie,
ésotérisme par Gérard van Rijnberk, éditions Dervy.
La première représentation de l’idée abstraite de la
mort par un squelette se trouve à Pise dans le Campo Santo (1360) où elle apparaît comme une femme squelettique.
Il est vrai que les ossements y sont encore recouverts par une mince couche de
muscles, mais cet exemple est isolé.
Puis le squelette simulacre de la Mort apparaît tout
d’un coup sur les fresques dites Danses
Macabres sur les parois des cimetières, des cloîtres, des églises un peu
partout en Europe. On a cru longtemps que le spécimen le plus ancien de ce
genre était celui du cloître, actuellement détruit de Klingenthal, près de
Bâle, qu’on supposait daté de l’an 1274, mais qui, probablement, est d’une
époque beaucoup plus récente. D’autres fresques ont été exécutées en Suisse, à
Berne, et Lucerne, en Allemagne, à Annaberg, Dresde, Brunswick, Erfurt,
Gaudenheim, Nuremberg, Lübeck (1463), Vienne, Freybourg, Leipzig, Berlin. En
France, à la Chaise-Dieu, en Auvergne, à Strasbourg, à Paris, au Cimetière des
Innocents (1423), à Kermaria en Bretagne. En Angleterre, dans le cloître de
Saint-Paul à Londres.
Le sujet de toutes ces fresques est identique : la
mort, figurée par un squelette, s’empare gentiment ou avec violence des
créatures humaines des deux sexes, de tout âge, de toute condition sociale. Il
est à noter que, dans ces danses macabres, il s’agit de vrais squelettes. Leur
exactitude anatomique laisse souvent à désirer, mais ils ont ceci de commun
qu’ils sont tous composés exclusivement d’ossements complètement décharnés.
L’idée de représenter celui qui guide les âmes dans l’au-delà par un squelette,
symbole de mort, n’a de commun qu’avec les mythes égypto-gréco-romain que la
croyance profondément curieuse que l’âme humaine a besoin d’une énergie
extérieure consciente qui l’arrache à cette vie et l’accompagne dans l’autre.
L’image radieuse du psychopompe classique n’a rien de commun avec celle du squelette symbolisant la mort. Le problème du quand, du comment cette métamorphose s’est accomplie reste insoluble… On a supposé que la grande vogue dont ces images ont joui a pris origine dans la peste noire qui, dans les années 1346-1348, a ravagé presqu’un quart des habitants de l’Europe, ou de l’épidémie de l’an 1373 dans laquelle une frénésie singulière de danse saisissait les malades.

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