Mauvais genre

 

Schiele est très marqué par la mort de son père, décédé d’une syphilis. Pendant des années, son père viendra le voir en rêve. Le 25 juillet, cinq ans après la mort du père, dans une carte de Krumau envoyée à Greti, Peschka confie : « Egon parle toujours durant la nuit : la nuit dernière, il a dit que son père était venu lui rendre visite, qu’il était vraiment là, pas en rêve, qu’il lui avait beaucoup parlé. » Exactement à la même époque, Schiele rédige un poème : « Anarchiste — Soleil », dans lequel il s’adresse à son père : « Regarde, père, moi, que tu es bien là, enveloppe-moi, donne-moi : intimité, distance, cours en haut, en bas, vite, monde. Étire à présent tes nobles os. Tends-moi une tendre oreille, de beaux yeux bleu délavé. Voilà, père était là. Devant toi, je suis. » Ce traumatisme se devine dans les nombreuses œuvres de l’artiste où l’on retrouve des cimetières et autres lieux morbides. Schiele, qui « ne pleure pas avec de larmes », a pleinement conscience de son ébranlement. « Pourquoi est-ce que je peins des tombes ? Et d’autres images similaires ? Parce que cela continue à vivre au plus profond de moi-même. » Une autre fois, il raconte : « J’ai fait aujourd’hui une expérience spirite des plus intéressantes. J’étais comme éveillé, mais en même temps pétrifié devant l’esprit qui s’est manifesté dans mon rêve juste avant mon réveil. Tant qu’il m’a parlé, je suis resté figé et complètement muet. »

Christophe Danvers : Egon Schiele, peintre de l’âme et du désir

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