Je dois dire qu’en réalité je n’ai rien contre la passion
pour le football. Au contraire, je l’approuve et je l’estime providentielle.
Ces foules de fanatiques terrassés par l’infarctus sur les gradins, ces
arbitres qui paient un dimanche de célébrité en exposant leur personne à des
injures, ces spectateurs ensanglantés qui descendent de leur car, blessés par
les vitres cassées à coups de pierre, ces jeunes gens en fête qui envahissent
les rues sortant leur drapeau de la fenêtre de leur Fiat 500 surchargée et qui
vont s’écraser contre un pylône, ces familles ruinées par l’achat de places au
noir, ces enthousiastes aveuglés par l’explosion d’un pétard me remplissent le
cœur de joie.
Umberto Eco : La Guerre du faux

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