Source : Le Seuil du monde spirituel par Rudolf Steiner, collection Triades poche, relecture longtemps après.
J’ai tenté dans mes quatre Drames-Mystères, « La
Porte de l’Initiation », « L’Épreuve de l’âme », « Le
Gardien du Seuil » et « L’Éveil des âmes », de montrer comment
diverses individualités s’efforcent, par leur travail intérieur, de faire
l’expérience de l’Autre soi.
Bien que, dans l’état de conscience habituel, l’âme ne
sache rien de cette inspiration par son Autre soi, celle-ci n’en a pas moins
lieu dans ses profondeurs. Seulement, cette inspiration ne s’exprime ni par des
pensées, ni par des mots intérieurs ; elle agit au travers d’actes,
d’événements, et de tout ce qui passe. C’est cet « Autre soi » qui
conduit l’âme vers les péripéties de sa destinée et c’est lui, également, qui
suscite en elle les facultés, les penchants, les aptitudes, etc.
Cet « Autre soi » s’exprime dans l’ensemble
de la destinée d’une vie humaine et il chemine à côté du Soi qui a, entre la
naissance et la mort, ses propres contingences et il modèle la vie humaine par
ce qui vient la frapper du dehors pour la réjouir, l’exalter, la faire
souffrir. La conscience supra sensorielle apprend, en vivant en compagnie de
cet « Autre soi », à dire « Je » à l’ensemble de la
destinée, tout comme l’homme physique dit « Je » à son propre être.
Ce que l’Orient appelle « karma » se confond avec l’Autre soi,
l’être-Je spirituel. Le cours d’une vie humaine apparaît inspiré par son entité
individuelle durable, qui poursuit sa voie de vie en vie ; est
l’inspiration se produit de telle manière que le destin d’une vie terrestre
soit la conséquence des vies terrestres précédentes.
L’homme apprend ainsi à se connaître comme une « autre
entité », un être qu’il n’est pas dans l’existence sensorielle et qui ne
s’exprime dans cette existence que par les influences qu’il exerce. Lorsque la
conscience pénètre dans ce monde, elle aborde un domaine qui, par rapport au
monde élémentaire, peut être appelé le domaine de l’esprit.
Tant que l’on se sent participer à ce monde, on se
trouve situé complètement au-delà de la sphère dans laquelle se déroulent
toutes les expériences sensorielles. À partir de cette autre monde, on
contemple le monde que l’on a en quelque sorte quitté, mais on parvient alors à
reconnaître que l’on appartient, en tant qu’homme, aux deux mondes et que le
monde des sens est une sorte d’image réfléchie du monde de l’esprit. Dans cette
image, pourtant, les événements et les entités du monde de l’esprit ne sont pas
seulement reflétés ; cette image réfléchie mène une vie autonome.
C’est comme si un homme se voyait dans un miroir et que, par là, le reflet acquière une vie autonome. Et l’on apprend à connaître certaines entités spirituelles qui confèrent à cette image réfléchie du monde de l’esprit cette vie autonome. Ces entités spirituelles apparaissent comme appartenant par leur origine au monde de l’esprit mais elles en ont quitté le champ d’action pour développer leur activité dans le monde des sens. On se trouve donc en présence de deux mondes qui agissent l’un sur l’autre. Le monde spirituel doit être décrit comme le monde d’en haut et le monde des sens comme celui d’en bas.

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