Source : La Science de l’occulte par Rudolf Steiner, éditions Triades, collection Science de l’esprit, relecture février 2018-mai 2025
Si l’homme descend dans son for intérieur en examinant
sans illusion telle ou telle de ses particularités, il pourra ou bien être
capable de s’améliorer pour ce qui est de celle-ci ou bien être empêché de le
faire par les circonstances de sa vie actuelle. Dans ce dernier cas, un certain
sentiment s’insinuera dans son âme, le sentiment que l’on doit appeler la
honte. C’est ainsi qu’agit la nature saine de l’homme : la connaissance
qu’il a de lui-même fait qu’il ressent de la honte sous l’une ou l’autre de ses
multiples formes. L’homme dont la pensée est saine veillera à ce qui l’emplit
de ce sentiment ne se révèle pas au-dehors et ne se traduise pas par des actes.
La honte est donc une force qui pousse l’homme à
enfermer quelque chose dans sa vie intérieure, à ne pas la laisser voir
au-dehors. Si l’on réfléchit proprement à cela, on trouvera compréhensible que
l’investigation de l’esprit attribue des effets encore plus grands à une
expérience intérieure de l’âme qui est très apparentée au sentiment de la
honte. Elle découvre qu’il y a dans les profondeurs de l’âme une sorte de honte
cachée dont l’homme ne prend pas conscience dans l’expérience physique
ordinaire. Or, ce sentiment caché agit de la même façon que celui qui se
manifeste ouvertement dans la vie ordinaire : il empêche ce que l’homme abrite
en lui de plus profond de lui apparaître en une image perceptible. Si ce
sentiment n’existait pas, l’homme aurait la vision de lui-même, de ce qu’il est
en réalité ; il n’aurait pas seulement une expérience intérieure de ses
représentations, ses sentiments et sa volonté ; il les percevrait comme il
perçoit les minéraux, les animaux et les plantes. Le sentiment en question lui
cache donc ce qu’il est et lui voile par là le monde de l’esprit et de l’âme
tout entier.
Car du fait que sa propre nature intérieure se
dissimule à lui, il ne peut pas percevoir non plus ce qui l’aiderait à
développer en lui les instruments lui permettant de connaître le monde de l’âme
et de l’esprit. Il ne peut pas transformer sa nature de façon à y accueillir
des organes de perception spirituels. Mais lorsque, par un entraînement
régulier, l’homme travaille à recevoir ces organes de perception, la première
chose qui se présente à lui, c’est ce qu’il est lui-même. Il perçoit son
double. Cette perception de soi ne se distingue nullement de celle que l’on a
de l’ensemble du monde physique sensible, le sentiment dont il vient d’être
question à pour effet de refermer sans cesse devant l’homme la porte du monde
de l’esprit et de l’âme. Si l’homme voulait faire, ne serait-ce qu’un pas pour pénétrer
dans ce monde, le sentiment de honte surgirait aussitôt, bien que ne s’élevant
pas jusqu’à la conscience, et lui cacherait la partie du monde de l’esprit et
de l’âme qui tend à se manifester.
Mais les exercices décrits précédemment lui ouvrent ce monde. Or, il se trouve que ce sentiment caché agit comme un bienfaiteur pour l’homme, car tout ce que, sans entraînement relatif à la science de l’esprit, on peut acquérir de force de jugement, de sensibilité et de caractère ns serait pas suffisant pour que l’on soit capable de supporter aussi facilement à la vue de sa propre entité sous son véritable aspect. À cette vue, on perdrait tout sentiment, toute confiance en soi, toute conscience de soi-même. Pour qu’il n’en soit pas ainsi, il faut non seulement pratiquer des exercices ayant pour but la connaissance supérieure, mais prendre de nouveau des dispositions pour fortifier son jugement, la nature de sa sensibilité et de son caractère.
Grâce à son entraînement régulier, l’homme en sait tout naturellement assez long sur la science de l’esprit et il est assez renseigné sur la science de l’esprit sur les moyens qui lui permettent de se reconnaître et de se percevoir lui-même, pour avoir la force de supporter cette rencontre avec son double.

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