Source : La Vierge noire et le mystère marial par Jean Hani, éditions Dervy
Tout se passe comme si la Shekhina se
dédoublait sur le plan visible en deux acteurs de la Rédemption. Et voici
l’exemple le plus frappant de ce dédoublement : à côté du Médiateur, qui
est le Christ, Marie est appelée « Médiatrice », titre reconnu
officiellement et par une fête spéciale, le 31 mai, destinée à l’honorer sous
ce vocable. « La Volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie »
dit Saint Bernard ; les grâces procèdent du Saint-Esprit, mais c’est par
Marie qu’elles viennent aux hommes.
Marie, dit encore Saint Bernard,
« est le canal ou aqueduc par lequel toutes les eaux du ciel viennent en
nous. » Or, il est instructif de rappeler que c’est là très exactement une
des principales fonctions de la Shekhina sous son nom de
« Matrona » : « Tous les messages que le Roi suprême envoie
ici-bas, lit-on dans le Zohar, passent par l’intermédiaire de la Matrona, et
tous les messages que le monde ici-bas envoie au Roi suprême parviennent
d’abord à la Matrona qui les transmet au Roi suprême. Il en résulte que la
Matrona sert d’intermédiaire au monde d’En-Haut pour correspondre avec celui
d’en bas et réciproquement.
Ainsi, elle est « la médiatrice parfaite entre le Ciel et la Terre » (Zohar III, 50b) Il est encore d’autres rapprochements qui se présentent à l’esprit. L’action de la Shekhina dans la Création opère selon les deux piliers de l’arbre Séphirotique, la Rigueur (ou Justice) et la Miséricorde ; or, le Christ est à la fois le Juge, le Justicier, et le Miséricordieux ; mais, parallèlement, le Vierge aussi. Car si elle est la « Mère de miséricorde », elle présente également un aspect redoutable qui apparaît souvent dans ses statues noires.

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